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lundi 26 septembre 2016

De la fracture numérique à l'inclusion sociale

Le développement de la société de l'information va-t-il réduire ou renforcer les inégalités sociales et culturelles? Le potentiel des TIC peut-il être mis au service de politiques favorisant l'inclusion sociale?
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Mis à jour le 26/07/2004 | Imprimer | Envoyer

Par Gérard Valenduc (Fondation Travail-Université ASBL, membre du Conseil d'administration de l'AWT)

Récemment apparue sur la scène politique, la fracture numérique désigne un phénomène de polarisation dans la société de l'information. Un fossé se creuse entre, d'une part, ceux qui utilisent les potentialités des technologies de l'information et de la communication (TIC) pour leur accomplissement personnel ou professionnel, et d'autre part, ceux qui ne sont pas en état d'exploiter ces potentialités, faute d'accès aux TIC ou à cause d'un déficit de compétences.

La fracture numérique est habituellement décrite et mesurée à l'aide d'indicateurs statistiques mesurant l'accès et l'usage d'internet et des TIC en général. Ils révèlent des écarts entre catégories sociales, selon des variables démographiques (âge, genre, type de ménage), socioprofessionnelles (éducation, emploi, statut, revenu) ou géographiques (habitat, localisation, caractéristiques régionales, facteurs géopolitiques). Cependant, ces disparités ne tracent pas une ligne de démarcation entre ceux qui seraient "in" ou "out". Elles résultent d'interactions complexes entre facteurs de différenciation à plusieurs niveaux. Certaines de ces différenciations révèlent des différences de comportement ou de culture, qui peuvent s'atténuer avec le temps, tandis que d'autres sont liées à des inégalités structurelles dans l'organisation de l'économie et de la société, qui demandent des réponses politiques adéquates.

Différences et inégalités

L'enjeu est de distinguer différences et inégalités. Des différences peuvent provenir des rythmes d'adoption des innovations, qui ne sont pas les mêmes pour les pionniers, les créateurs, les curieux, les suiveurs ou les sceptiques. Il faut également tenir compte d'une grande diversité de comportements culturels dans les usages d'internet, selon que l'on est jeune ou vieux, urbain ou rural, fasciné ou réticent De la fracture numérique à l'inclusion sociale vis-à-vis des caprices de la mode, ou encore selon le type de famille, les centres d'intérêt des enfants, le réseau de relations. Ces différences relèvent de la diversité socioculturelle, tandis que les inégalités conduisent à des discriminations et à l'exclusion. Des discriminations peuvent s'instaurer ou se renforcer dans quatre domaines principalement:

  • un accès inégal à l'emploi, à la formation et aux possibilités d'apprentissage continu;
  • un accès inégal aux biens de consommation et aux services;
  • des capacités inégales de redessiner ses réseaux de sociabilité;
  • des modalités inégales d'accès aux services publics et à la participation démocratique.

Exclusion et inclusion

L'exclusion est un processus social qui s'enracine dans les inégalités sociales et qui conduit à la marginalisation d'individus ou de groupes par rapport à certains objectifs de la société. L'exclusion se définit par rapport à un objectif: ici, il s'agit du processus d'exclusion par rapport au développement de la société de l'information, dite aussi société de la connaissance, bien que ces deux appellations ne soient pas synonymes. L'exclusion se produit quand des individus ou des groupes sociaux sont laissés de côté ou ne bénéficient pas de chances égales face à l'objectif sociétal poursuivi.

L'inclusion est également un processus social, déterminé par un objectif à atteindre. Ce n'est pas seulement le contraire de l'exclusion. Le processus d'inclusion sociale comporte trois dimensions indissociables:

  • surmonter les obstacles dus aux inégalités, afin d'éviter l'exclusion,
  • exploiter les opportunités offertes par l'objectif sociétal à atteindre,
  • de façon à réduire les inégalités existantes et améliorer la qualité de la vie,
  • favoriser l'implication dans les transformations sociales, améliorer l'expression individuelle et collective,
  • l'engagement citoyen et la participation démocratique.

Le processus social d'e-inclusion doit incorporer ces trois dimensions: réduire la fracture numérique, exploiter les opportunités numériques, favoriser l'implication et l'expression de tous dans la société de l'information.

Une approche européenne de l'e-inclusion

Au niveau européen, les travaux du groupe d'experts ESDIS (Employment and Social Dimension of the Information Society) soulignent également la dualité des risques d'exclusion et des opportunités d'inclusion.

Selon ESDIS, la prévention de l'exclusion numérique nécessite des mesures politiques dans trois grands domaines: l'alphabétisation numérique pour tous, l'abaissement des barrières techniques et économiques pour l'accès à internet, le développement de compétences appropriées à un usage efficient des services en ligne. Les opportunités d'inclusion, quant à elles, s'adressent à des individus ou des groupes socialement désavantagés ou à des zones rurales ou urbaines moins favorisées, qui pourraient tirer profit du potentiel des TIC de plusieurs manières: un meilleur accès à l'emploi et à la formation, des emplois adaptés à des besoins spécifiques (notamment pour certains handicaps), une meilleure circulation des connaissances, une réduction des difficultés liées à la mobilité ou à l'éloignement.

Le groupe ESDIS s'est également intéressé au développement du capital humain et du capital social dans la société de la connaissance. Il définit le capital social comme un ensemble de réseaux de relations et de participation à la vie collective, qui s'appuient sur une culture, des valeurs et des habitudes communes, une confiance et une compréhension mutuelles, une coopération pour atteindre des objec-tifs partagés. Cette notion de capital social enrichit la notion d'e-inclusion. ESDIS souligne qu'une large diffusion d'internet comporte des risques d'individualisation, de fragmentation sociale et d'érosion de certaines formes de capital social. Toutefois, internet offre aussi de nouvelles possibilités d'interaction et de création de lien social, qui sont déjà expérimentées au sein de groupes sociaux que l'on aurait pu considérer a priori comme défavorisés, notamment les jeunes en difficulté, les quartiers à problèmes, les minorités ethniques, les associations de seniors, les personnes handicapées. L'e-inclusion passe donc aussi par une création ou un renouvellement du capital social.

Inclusion et cohésion

La cohésion sociale est un des objectifs de la construction européenne, mentionné dans les traités qui instituent l'Union et définissent les conditions d'adhésion. Le concept de cohésion n'est pas très précis, il héberge divers enjeux comme les disparités régionales, l'intégration des nouveaux états membres, la stratégie pour l'emploi, la lutte contre la pauvreté, l'égalité entre les femmes et les hommes et l'e-inclusion, depuis la déclaration de Lisbonne en 2000. La cohésion se réfère à des formes de solidarité transnationale et à des valeurs sociales à partager. La cohésion nécessite des investissements dans le capital humain et le capital social. Les politiques de cohésion sont notamment financées par les fonds structurels (Fonds social européen et autres), pour lesquels l'e-inclusion est devenue une des priorités.

Pour en savoir plus

  • Centre de recherche travail & technologies Lien externe
    Le centre de recherche travail & technologies de la FTU (Fondation Travail Université) a pour objectif principal de développer une capacité de recherche, d'analyse et d'intervention sur les aspects sociaux des changements technologiques
    http://www.ftu-namur.org
  • ESNET Lien externe
    Le réseau ESNET est né en Belgique, à la suite du sommet de Lisbonne. Il regroupe les principaux acteurs de l'économie sociale et solidaire. Son ambition est double: encourager les organisations de l'économie sociale et solidaire à mieux s'approprier les TIC, et mettre en avant les réponses pratiques et théoriques de ce secteur à la réduction de la fracture numérique
    http://www.esnet.be
  • Usages TIC en Région wallonne Lien externe
    Résultats des enquêtes réalisées par l'AWT au sujet des usages des technologies de l'information et de la communication en Région wallonne: citoyens, PME, soins de santé, communes, etc.
    http://usages.awt.be
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