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lundi 26 septembre 2016

Aînés et nouvelles technologies

L'évolution rapide des TIC peut constituer un frein à l'intégration sociale, économique et culturelle des aînés. Quel est l'impact de ces technologies sur leur vie quotidienne? Quelles mesures peut-on prendre pour lutter contre la fracture numérique?
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Mis à jour le 31/01/2005 | Imprimer | Envoyer

Le 17 décembre 2004 se tenait à Namur le colloque "Aînés et nouvelles technologies", organisé par l'UCP (Union Chrétienne des Pensionnés, Mouvement Social des Aînés). Il s'agissait d'une journée de réflexion sur certaines préoccupations en matière de fracture numérique des aînés. En effet, cette association constate que "la place prépondérante prise par les nouvelles technologies dans les modes de communication et dans l'évolution des modalités de fonctionnement des services risque de mettre en difficultés les aînés qui n'ont pas vécu cette évolution ou qui n'ont pas pu s'y adapter".

Ce colloque s'est déroulé en deux volets:

  1. un volet d'information, basé sur deux conférences:
    • "Les aînés et les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC): quels usages en Wallonie?", par André Delacharlerie, Agence Wallonne des Télécommunications (AWT);
    • "Aînés et exclusions: enjeux liés à l'appropriation des TIC", par Gérard Valenduc, Fondation Travail Université;
  2. un volet de réflexion sur le thème des sources d'exclusions liées au non-accès aux TIC: carrefours sur 3 axes de travail: citoyenneté, communication, consommation. Le tout débouchant sur des propositions pour le Ministre de l'intégration sociale Christian Dupont.

Les aînés et les TIC: quels usages en Wallonie?

Les enquêtes "citoyens" de l'AWT tendent à montrer que le fossé entre les aînés (de 60 ans ou plus) et les plus jeunes se réduit d'année en année en ce qui concerne l'usage du GSM. En effet, en 2001, 39% des aînés disposaient d'un GSM et, en 2002, ce pourcentage s'est élevé à 48% pour atteindre plus de 60% en 2003.

Néanmoins, les raisons de posséder un GSM sont assez différentes chez les aînés que dans les autres classes d'âge. Effectivement, en 2003, les aînés disposent d'un GSM essentiellement pour pouvoir appeler en cas de besoin (52%) alors que les plus jeunes disposent d'un GSM principalement pour rester joignable pour leur famille (41%) ou pour leur usage professionnel (27%).

Par contre, l'usage de l'ordinateur reste faible dans les ménages dont le chef de famille est un aîné (25%) par rapport à l'usage de l'ensemble des ménages wallons observé en 2003 (54%). En fait, il existe une réelle décroissance linéaire de cet usage à partir de l'âge de 50 ans qui saute jusqu'à moins 10% après 70 ans.

De même, en ce qui concerne l'accès à Internet au domicile, on constate une augmentation des connexions haut et bas débits pour la catégorie des chefs de ménage de moins de 60 ans et une augmentation des connexions bas débit seulement pour la catégorie des chefs de ménage de plus de 60 ans. On observe également une décroissance linéaire de l'usage d'Internet en fonction de l'âge. Ainsi, en 2003, on compte 91% d'internautes pour la catégorie d'âge "15 à 29 ans", ce chiffre allant décroissant pour atteindre 57% d'internautes les"30 à 44 ans", 44% d'internautes pour les "45 à 59 ans" et 19% d'internautes seulement pour les "60 ans et plus". Les aînés qui n'utilisent pas Internet étaient 47% en 2002 à n'y voir aucune utilité ou intérêt et ce taux est passé à 58% en 2003. Par contre, 25% des non internautes de 60 ans et plus se voyaient trop âgés pour utiliser Internet en 2002 et ce taux est descendu à 20% en 2003.

Cependant, on constate une réduction du fossé inter-sexes parmi les utilisateurs d'Internet de 60 ans et plus. En 2002, seulement 5% des femmes et 14% des hommes utilisaient Internet alors qu'en 2003 ce sont 14% des femmes et 22% des hommes qui utilisent Internet. On est donc passé d'une femme internaute pour trois hommes internautes en 2002 à deux femmes internautes pour trois hommes internautes en 2003 dans la catégorie des 60 ans et plus.

L'usage d'Internet chez les aînés reste toutefois fonction de leur niveau d'éducation. Ainsi, parmi les aînés, ceux qui ont un diplôme d'études supérieures sont 57% à utiliser Internet, ce taux allant décroissant jusqu'à 6% d'utilisateurs parmi ceux qui ont obtenu un certificat d'études primaires.

Enfin, parmi les internautes wallons, les aînés utilisent moins souvent le courrier électronique que les plus jeunes (56% contre 68 à 78% pour les autres classes d'âge), ils recherchent également moins souvent des informations sur l'actualité, culturelles ou de loisirs. Par contre, les aînés effectuent des opérations boursières en ligne et consultent des catalogues en ligne plus régulièrement que les "jeunes".

Aînés et exclusions: enjeux liés à l'appropriation des TIC

Lors de son exposé, Gérard Valenduc a abordé 6 grands points lors de son exposé:

  1. l'exclusion et l'inclusion dans la société de l'information. Les inégalités face aux TIC provoquent un accès inégal à l'emploi, à la formation, à la consommation de biens et services et une capacité inégale d'organiser ses réseaux de sociabilité. L'inclusion sociale se fait en évitant l'exclusion, en surmontant les obstacles dus aux inégalités, en exploitant les nouvelles opportunités (que peut-on faire avec les TIC pour atteindre un meilleur bien-être social réparti sur l'ensemble de la société?) et en favorisant l'implication dans le changement social (c'est-à-dire produire du contenu et participer activement, contribuer avec le potentiel qu'on possède);
  2. les TIC dans la vie quotidienne des aînés. Les TIC deviennent incontournables pour les aînés, par exemple pour l'accès aux guichets bancaires, la réservation de voyages, la recherche d'information, etc., bref, pour tout ce qui touche aux services aux consommateurs et aux citoyens, aux produits et équipements de la vie quotidienne et à l'invasion des "e-services" via Internet;
  3. les risques d'exclusion. Pour comprendre les facteurs de marginalisation ou d'exclusion, le niveau de revenu et le niveau d'éducation sont des variables discriminantes dans tous les pays nordiques. Il faut aussi prendre en compte:
    • le rôle de l'expérience professionnelle antérieure liée à la démarche d'acquisition des compétences qui facilite l'usage;
    • le rôle de la famille et des réseaux de relation: les familles qui ont plusieurs enfants ont plus de chances d'utiliser les TIC, tandis que les familles monoparentales surtout lorsque la femme est le chef de famille restent en difficulté. Le rôle de la famille est important aussi bien pour l'inclusion que pour l'exclusion: il faut souvent compter sur les petits-enfants pour pouvoir réparer ou comprendre ce qui ne marche pas;
    • l'utilisation ambiguë de l'argument de l'âge et des stéréotypes liés à l'âge: on peut apprendre malgré qu'on est aîné et, souvent, les employeurs considèrent qu'au-delà de 50 ans, on n'est plus apte à réaliser des travaux qui demandent certaines compétences;
    • la mise en retrait volontaire (les "robinsons" des TIC): il faut respecter la diversité car il existe des personnes qui sont réfractaires volontairement. Il faut dès lors maintenir la diversité d'accès au moyen des différents canaux de communication existants;
    • la question du coût individuel et collectif: lorsqu'on compare l'informatique à d'autres innovations, les prix n'ont pas baissé quant à l'achat du matériel (le maître achat dans Test Achats était plus cher en 2002 qu'en 1992). Il existe également un problème de renouvellement du matériel qui est rapidement dépassé. C'est un problème de maturité des ordinateurs et de l'Internet. De plus, s'il suffisait de 50% d'utilisateurs pour que les "e-services" deviennent le seul canal de communication, on aurait réellement un processus d'exclusion;
    • les différences liées au sexe: beaucoup de femmes n'ont pas l'occasion de se familiariser avec Internet, au travail celles-ci ont un usage égal à celui des hommes mais à domicile l'homme monoplise le PC;
  4. les modalités d'appropriation. Au-delà de l'accès, il faut considérer les usages et les compétences requises. En fait, il existe trois niveaux de compétences: les compétences instrumentales (capacité de manipuler et de réagir aux aléas, c'est un problème de formation), les compétences structurelles (capacité d'entrer dans les contenus hypertextes, navigation, moteurs de recherche) et les compétences stratégiques (capacité d'utiliser Internet au service d'un objectif). Les deux facteurs décisifs pour les aînés sont dès lors l'utilité attendue (ou mesurée), qui dépend du contexte et du capital social, et la complexité, qui reste un obstacle qu'on franchit rarement seul. Néanmoins, les problèmes des aînés sont les mêmes que ceux des jeunes mais ils prennent plus d'importance pour eux (procédures ou interfaces trop compliquées, mauvaise documentation, obsolescence trop rapide des logiciels et matériels, jargon, etc.);
  5. l'enjeu de l'accessibilité. Pour les personnes handicapées, il faudrait des solutions techniques pour avoir des interfaces plus ergonomiques, une compensation par l'affichage, une ergonomie des claviers et souris;
  6. les potentialités de l'inclusion. De nouveaux réseaux de sociabilité sont tissés grâce aux TIC (apprentissage, communication avec des personnes éloignées). On aperçoit des nouvelles formes de solidarité à travers Internet (constitution de groupes d'intérêt, manifestations de solidarité, associations de groupes d'intérêt non basés sur la proximité, associations de patients, information militante).

Des pistes pour faciliter l'accès des ainés aux TIC

La réflexion des aînés avait pour objectif la lutte contre la fracture numérique et a permis d'apporter des éléments de réponse sur ce qu'il convient de mettre en projet pour faciliter l'accès aux TIC. Les questions posées étaient de savoir pourquoi doit-on suivre l'évolution TIC dans la société et que peut-on réaliser pour enrayer la fracture. Des réflexions et propositions se sont structurées selon trois axes.

Consommation

  • Peu d'aînés disposent d'une information claire sur les coûts des TIC, des abonnements, etc. Et la facture numérique est une cause de fracture numérique!
  • Il faudrait pouvoir comparer les offres des différents opérateurs et bénéficier de tarifs avantageux selon les heures de connexion à Internet.
  • Les aînés doivent en outre être guidés en fonction de leurs besoins réels sur le choix de leur formule d'accès à la téléphonie (GSM à carte, abonnement, etc.).
  • De plus, la possession et le renouvellement des PC ainsi que des logiciels posent non seulement des problèmes de coûts mais changent à une allure rapide. Une solution serait d'acheter des PC en masse en créant des groupes. Une suppression ou une diminution de la TVA dans ce cas pourrait alors éventuellement être envisagée.

Communication

  • La technique étant un frein pour les aînés, il existe un besoin de formation et d'accompagnement dans l'usage TIC.
  • Les interfaces manquent de clarté et d'ergonomie. Il faudrait une uniformisation des interfaces, notamment celles des self-banking au niveau des diverses banques.
  • Après l'achat de matériel informatique, les aînés ne savent pas quoi faire et ne possèdent aucune explication sur le fonctionnement de la machine. Ceux-ci craignent dès lors de faire des erreurs et de casser le matériel. Il faut donc dédramatiser l'erreur dans l'apprentissage et y donner goût en premier lieu.
  • Les aînés sont face à un problème de culture par rapport aux jeunes en matière TIC: ils ont des problèmes d'intégration et ont une crainte réelle de la machine et du vocabulaire complexe qui l'accompagne. Il leur faut dès lors plus de temps pour assimiler.
  • Il faut apprendre aux aînés à utiliser uniquement ce dont ils ont besoin car ils assimilent très peu s'il ne voient pas l'utilité de ce qu'ils réalisent.
  • Il serait peut-être possible d'envisager une aide à domicile, un réseau de personnes ressources ou une cellule à mettre en place pour familiariser les aînés aux TIC. Cela pourrait également se faire par échange de savoirs. Tout comme l'initiative d'Oxfam,on pourrait développer des techniques d'information sur ce qui se fait.

Citoyenneté

  • Les aînés désirent avoir accès aux informations qu'ils ne peuvent pas voir dans les cartes magnétiques ou à puce.
  • Que voit-on sur la carte SIS? Que verra-t-on sur la carte d'identité électronique? Qu'est-ce qu'une banque possède comme informations lorsque notre carte bancaire est lue? Où se situe la frontière entre vie privée et informations?
  • Et face à la société de consommation et au marketing, où se situe le contrôle de notre vie privée?
  • Ce sont tout autant de questions qui suscitent une certaine méfiance quant à la technologie, surtout avec l'arrivée de la signature électronique.

Pour en savoir plus

  • Citoyens wallons: usages TIC 2005
    Résultats de l'enquête 2005 de l'AWT concernant les équipements et usages TIC des ménages en Région wallonne (téléphonie, équipement TIC, usage TIC des citoyens, accès Internet, Internet et les Wallons, recommandations)
    http://www.awt.be/web/dem/index.aspx?page=dem,fr,010,000,000
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