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dimanche 4 décembre 2016

Usages TIC des PME et TPE wallonnes en 2006: recommandations

A côté des aspects positifs liés à la forte adoption des usages TIC de base par les PME et TPE, l'AWT met en évidence le faible niveau des usages TIC avancés, notamment l'e-business, et formule différentes recommandations
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Mis à jour le 21/11/2007 | Imprimer | Envoyer

Le bilan

L'Agence wallonne des Télécommunications vient de publier ses enquêtes PME/TPE 2006 sur les usages TIC en entreprise. Au total, quelques 3800 entreprises occupant de 1 à 250 personnes ont fait l'objet d'une interview approfondie sur leur équipement et leurs usages des TIC.

  • PME wallonnes: usages TIC 2006
    Equipement informatique, accès à Internet, sécurité, téléphonie, e-mail, sites Web, e-business, dépenses TIC: autant d'indicateurs mesurés et analysés par l'AWT dans le cadre de son enquête annuelle sur les usages des TIC des PME wallonnes
    http://www.awt.be/web/dem/index.aspx?page=dem,fr,pme,000,000
  • TPE wallonnes: usages TIC 2006
    L'AWT réalise une année sur deux une enquête sur les usages TIC des TPE wallonnes. Au programme: équipement informatique, téléphonie, Internet et ses usages, sites Web, e-business, sécurité, formation aux TIC, etc.
    http://www.awt.be/web/dem/index.aspx?page=dem,fr,tpe,000,000

Usages acquis et usages à développer

Les lignes de force qui se dégagent de ces 2 enquêtes sont:

  • le bon taux d'équipement atteint dans la plupart des entreprises. 98% des PME et 75% des TPE disposent d'au moins un ordinateur. 95% des PME et 67% de TPE sont connectées à Internet;
  • la trop faible appropriation d'Internet pour des usages avancés modifiant le fonctionnement des entreprises (vente électronique, e-business, e-learning, etc.).

On peut désormais classer les usages TIC en 2 catégories:

  • les usages acquis. Ils sont présents dans au moins 80% des entreprises de toute taille et dans tous les secteurs de l'économie. Il s'agit de la recherche d'information (87% des PME), du courrier électronique (87% des PME) et des opérations bancaires à distance (82% des PME);
  • les usages encore à développer. Ils concernent principalement la vente en ligne et le travail en réseau (ou concept d'entreprise étendue).

Internet et très haut débit

Lorsqu'une entreprise est équipée d'au moins un ordinateur, elle est presque automatiquement connectée à Internet. Le mode de connexion privilégié par les entreprises wallonnes est résolument l'ADSL (88% des connexions au sein des PME et 85% au sein des TPE).

Le succès du haut débit est toutefois une arme à double tranchant. En effet, son omniprésence constitue un risque de frein au développement de connexions à très haut débit symétrique (fibres optiques, SDSL, etc.) dont la couverture est encore incomplète en Wallonie. En migrant vers des connexions à très haut débit symétrique, les PME pourraient bénéficier d'usages avancés: applications en mode ASP, services collaboratifs, mutualisation d'applications, la vente en ligne via des environnements immersifs 3D, etc. Cette remarque peut d'ailleurs être généralisée à l'ensemble du développement économique de la Région wallonne. L'expérience a montré que c'est la disponibilité du très haut débit qui génère et accélère les usages avancés et non l'inverse. La disponibilité de la technologie crée sa propre demande.

A l'heure actuelle, Internet reste principalement un outil d'information et de communication. Les achats en ligne sont également relativement bien entrés dans les habitudes des entreprises (42% des PME et 27% des TPE). Malheureusement, seulement 12% de PME et 5% de TPE vendent via Internet et les secteurs dont elles sont principalement issues sont très souvent des secteurs technophiles, où l'information et le transfert de celle-ci jouent un rôle stratégique (TIC, finances, distribution, industries, services aux entreprises, etc.). Autrement dit, Internet ne permet pas encore suffisamment aux PME et TPE wallonnes de conquérir de nouveaux marchés et de démultiplier les canaux d'accès aux marchés existants.

Le travail en réseau supporté par les TIC reste marginal, il concerne 17% des PME et 7% des TPE. C'est particulièrement regrettable dans une économie composée à 52% d'entreprises occupant de 5 à 9 personnes. En effet, la collaboration via les réseaux numériques, voire même la "coopétition" deviennent des moyens incontournables de subsister dans une économie globale fortement concurrentielle. Collaborer avec ses fournisseurs et même ses concurrents le cas échéant grâce à Internet, permet de conquérir des marchés plus importants impossibles à investir pour de petites structures isolées.

Les causes identifiées aux phénomènes observés sont multiples:

  • d'abord d'ordre structurel (taille des entreprises, secteur d'activité, place de l'information dans le métier de base, architecture d'entreprises en chaîne ou en réseaux, secteur intensif en R&D, etc.),
  • mais également liées au manque de formation, voire d'information, qui empêche les décideurs de percevoir le potentiel d'Internet appliqué à leurs activités quotidiennes.

Trop de PME et TPE estiment encore que leur activité/produit est inadapté à la vente par Internet. C'est occulter tous les services qu'Internet peut rendre pour améliorer le service au client (prise de rendez-vous en ligne, simulations et information préalable, service après-vente, etc.). Enfin, il arrive aussi que les PME/TPE délaissent la vente en ligne parce qu'elles ne voient pas l'intérêt d'accélérer le processus de commande alors que la production et la livraison ne seront pas modifiées. Ce dernier constat est important car il démontre une fois encore que certains dirigeants d'entreprises n'abordent pas encore les TIC de manière globale, à la fois comme un support de la vente et de la communication mais aussi comme l'épine dorsale des processus de production et de la logistique.

Les recommandations

L'AWT propose un certain nombre de recommandations, regroupées en 4 axes.

Favoriser l'émergence d'un secteur TIC plus fort

La Wallonie cumule plusieurs handicaps dans la mesure où elle accueille peu de grandes entreprises (ayant un siège décisionnel local), peu de "start up" Internet et peu d'investisseurs dans le capital à risques. Par ailleurs, les secteurs prédominants de l'économie en termes d'emploi sont des secteurs moyennement à peu technophiles (industries, construction, commerce, horeca, etc.). Dès lors, on comprend pourquoi dans notre région, la reconversion économique est lente et insuffisamment centrée sur les TIC.

Comme le soulignait la Fondation Roi Baudouin en 2004, une reconversion économique comme celle qu'a connue la Silicon Valley aux Etats-Unis est difficile à envisager en Wallonie, notamment parce que trop peu de grandes entreprises sont prêtes à investir dans des start-up. Ces dernières sont trop rares dans les domaines porteurs à forte composante technologique.

Toutefois, le secteur des TIC en Région wallonne existe et de nombreuses PME ou TPE proposent des services avancés dans des domaines aussi variés que la traçabilité, la mobilité, la sécurité, l'e-learning, la reconnaissance vocale, le multimédia ou encore les applications Web avancées. La base de données Vigie gérée par l'AWT est aujourd'hui riche de plus de 850 entreprises actives sur le territoire wallon. Le Cluster TIC s'appuye d'ailleurs sur cette base de données pour ses activités. Une analyse plus poussée de cette base de données montre que, parmi ces entreprises, plus de 620 ont leur siège social en Région wallonne. Elles génèrent un chiffre d'affaires global de 2,65 milliards d'euros et occupent plus de 15000 personnes.

Toutefois, c'est sans doute au niveau de la visibilité de ces entreprises qu'il reste du travail à faire. C'est pourquoi l'AWT a lancé depuis plusieurs mois une campagne de témoignages d'entreprises du secteur TIC proposant des services innovants (RFIDEA, Extenseo, Telemis, Euremis, UbiCall, DMoon & Eyepea, etc.). Cette stratégie de mise en avant des bonnes pratiques sera encore amplifiée, notamment grâce au recours systématique au support d'AWT TV.

Toujours dans cette optique de valorisation et de développement de l'offre TIC, l'AWT a également lancé le M-Forum. Véritable forum de la mobilité professionnelle, il a pour objectif d'illustrer les bonnes pratiques en matière d'applications mobiles. Plusieurs dizaines de PME du secteur TIC participent à cette initiative. D'autres technologies pourraient faire l'objet d'initiatives du même type.

Un outil tel que le Label eTic est également un excellent moyen de créer un socle de confiance entre l'offre et la demande TIC.

Renforcer la sensibilisation aux TIC et favoriser l'e-business

L'AWT recommande de développer encore la sensibilisation aux usages de l'Internet et de l'e-business, en veillant à ce que ceux-ci soient particulièrement adaptés à leurs différents métiers et à leur mode de fonctionnement interne. Il faut aussi pouvoir expliquer concrètement à chaque secteur les avantages qu'Internet et l'e-business peuvent lui procurer en termes de gains de rentabilité (au niveau financier, organisationnel, etc.). Par ailleurs, les PME et TPE reconnaissent leur manque de compétences en interne par rapport à la gestion de projets TIC d'envergure.

Aujourd'hui, le développement, voire la survie des TPE dépend de leur capacité à innover en permanence. En améliorant leur fonctionnement et leur organisation par l'intégration des TIC, les PME et TPE wallonnes peuvent s'approprier le concept "with the Internet, you can be small and look big". Une TPE comme Quatuor.be, spécialisée dans l'ameublement haut de gamme, l'a bien compris en combinant habilement un site web d'e-commerce de grande qualité et un magasin traditionnel. Aujourd'hui, elle recueille les fruits de cette stratégie, non seulement en augmentant régulièrement son chiffre d'affaires en ligne, mais aussi en étant sollicitée par des plateformes internationales qui souhaitent s'appuyer sur son expertise pour aborder ce secteur spécifique.

Là encore, l'AWT insiste sur la nécessité de multiplier les témoignages et les illustrations pratiques. Plusieurs PME et TPE ont déjà fait l'objet de témoignages "e-business" sur le portail de l'AWT.

Les initiatives sur le terrain sont également importantes. Qu'il s'agisse d'événements B2B traditionnels (Forum des entrepreneurs, CreaWal, salon Entreprendre), d'évènements spécialisés (Solution Business, E-business: fini de jouer), ou encore d'actions mises en place spécifiquement avec des acteurs locaux ou sectoriels, la sensibilisation "directe" reste une technique très efficace, pour autant que les thèmes abordés et les bonnes pratiques mises en lumière correspondent aux attentes des PME et TPE. L'AWT est de plus en plus active à ce niveau en mettant directement ou indirectement son expertise au service de telles initiatives.

L'émergence définitive de l'e-learning et du multimédia en ligne (TV, Web TV, Videocasting) doit également être mise à profit pour la sensibilisation. La nature "consommable à la demande" de ces supports correspond bien aux contraintes inhérentes aux PME et TPE.

Les aides e-business restent insuffisamment connues et utilisées par les PME. A peine 21% des PME wallonnes connaissent l'existence d'aides spécifiques en matière d'e-business, tant pour la conception de sites web que pour l'accompagnement de projets TIC (Rentic), en Région wallonne. L'AWT va proposer au Gouvernement wallon une nouvelle campagne de sensibilisation en la matière.

Enfin, on rappelera la nécessité absolue de développer les réseaux à très haut débit. Ils sont indispensables à l'émergence d'usages TIC avancés par les entreprises, mais aussi par les autres acteurs socio-économiques de la Région wallonne.

Développer une approche sectorielle

Les obstacles à l'e-commerce en Wallonie sont également d'ordre structurel et les barrières varient selon les secteurs. Ainsi, dans la distribution et le commerce de détail par exemple, les principaux obstacles au commerce électronique pour les PME sont liés à la confiance. Pour vendre sur le Web, les PME doivent se spécialiser dans des niches délaissées par les grands distributeurs car elles n'ont ni la renommée ni les moyens financiers pour rivaliser.

Dans son mémorandum adressé au formateur du gouvernement, l'association BeCommerce propose d'instaurer un label d'e-commerce éthique et un organe d'arbitrage neutre afin de favoriser la confiance des consommateurs dans les petites enseignes. Dans les industries (automobiles, textiles, etc.), l'utilisation du commerce électronique est davantage structurée par l'adoption de systèmes EDI dont les coûts d'installation restent élevés. Enfin, dans le tourisme, ce sont davantage les incompatibilités entre systèmes d'information d'acteurs de petite taille qui entravent le développement de l'e-commerce.

Développer des applications TIC adaptées aux besoins d'un secteur suppose une identification préalable des besoins des PME avec, le cas échéant, une mutalisation des besoins pour atteindre un seuil de rentabilité d'offre et de demande. Le rôle des fédérations sectorielles et professionnelles est essentiel à ce niveau.

Un cas emblématique de cette approche est celui de la construction. Au sein de ce secteur, le Centre Scientifique et Technique de la Construction (CSTC) contribue à la formation continue des travailleurs grâce à du matériel pédagogique mis à disposition des membres sur son site portail. En collaboration avec certaines associations professionnelles telles que celles des carreleurs et des chauffagistes, le CSTC a développé un logiciel fonctionnant sur PDA qui permet l'automatisation des devis sur base des mesures relevées sur chantier. Cet applicatif rend service à des centaines d'indépendants du secteur qui, seuls, n'auraient jamais pu faire développer un logiciel sur mesure. L'AWT a d'ores et déjà prévu une collaboration avec la CSTC. Elle débouchera sur des actions concrètes en 2008.

Il faut donc aider les associations professionnelles à identifier et mutualiser les besoins en matière de TIC de la branche d'activité qu'elles représentent. Les PME manquent de moyens pour réaliser des projets TIC d'envergure, les nouvelles technologies entraînant un trop grand risque (réel ou non) pour la plupart d'entre elles.

Mais la démarche sectorielle ou professionnelle ne s'arrête pas là. Il faut lutter contre la discrimination liée à la taille de l'entreprise, notamment en permettant aux PME de participer à des opportunités de marché élargies en se regroupant de manière complémentaire. Ces regroupements deviendront évidents si les PME ont des lieux où elles peuvent se rencontrer et entrer en contact avec des entreprises plus importantes de leur secteur. Les TIC permettent d'ailleurs aujourd'hui de virtualiser cette démarche multipliant de facto les partenariats potentiels en abolissant les notions de temps et de lieu. Ces "rencontres" ou "forums" offriront aux PME des informations et des opportunités de marché nationales ou encore internationales.

Informer les dirigeants d'entreprise sur les aspects managériaux des projets TIC

De nombreux efforts de formation/information se sont concentrés sur l'explication du fonctionnement des technologies et de leur utilité; de plus en plus, la formation englobe aussi les aspects managériaux de l'utilisation des TIC.

En effet, les TIC réorganisent immanquablement les processus de travail. Ce sont ces coûts indirects ou cachés qui effrayent encore de nombreux dirigeants d'entreprises en matière d'e-business. Identifier ces coûts et apprendre à les gérer implique de former les dirigeants d'entreprises sur ces questions.

L'e-learning ne doit pas être négligé pour parvenir à former un grand nombre de dirigeants et de cadres peu disponibles et géographiquement dispersés. L'e-learning offre beaucoup de souplesse en termes d'organisation et permet aussi des économies d'échelle pour former de vastes publics. Outre la formation des dirigeants en place, la formation des futurs dirigeants d'entreprise devrait elle aussi davantage tenir compte des aspects managériaux de l'utilisation des TIC.

Dans le cadre de sa mission de "coupole e-learning" en Région wallonne, l'AWT proposera dans les prochains mois des outils visant à favoriser l'adoption de l'e-learning par les PME wallonnes.

Pour en savoir plus

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