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lundi 21 avril 2014

TIC et apprentissage: quand qualité rime avec efficacité

Qualité des dispositifs d'apprentissage ne rimant pas toujours avec efficacité pédagogique, l'AWT fait le point sur les outils et bonnes pratiques en matière de conception de dispositifs d'apprentissage intégrant les Technologies de l'Information et de la Communication

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Mis à jour le 09/08/2013 | Imprimer | Envoyer

Le noeud gordien de la qualité

Depuis que les TIC s'immiscent dans les pratiques pédagogiques, de nombreux observateurs s'interrogent sur leurs impacts sur les processus d'apprentissage et surtout sur leurs plus-values. Le recours aux technologies améliore-t-il la qualité et l'efficacité des processus d'apprentissage, en termes de durée de mémorisation, de transfert dans la pratique et de changement comportemental? L'e-learning ou les TICE (selon le contexte d'implémentation), est-il plus efficace que les dispositifs "traditionnels" de formation et d'enseignement? Présente-t-il un meilleur retour sur investissement (ROI)? etc.

Un cadrage (trop) technologique

Bien que récurrente, la question est biaisée et mal posée! D'une part, elle est souvent posée avec davantage de vigueur pour les dispositifs médiatisés que pour les dispositifs "traditionnels", dont les carences soulèvent généralement moins d'interrogations. En outre, elle cristallise et déchaîne les passions, débouchant souvent sur des débats dichotomiques où chaque camp s'affronte, étalant sa mauvaise foi, ses croyances et présupposés, ou pire son ignorance, etc.

D'autre part, la question est implicitement orientée "outils plutôt qu'usages". Elle donne trop d'importance aux technologies, preuve que l'illusion technologique, c'est-à-dire la croyance que les technologies "à elles seules" peuvent faire la différence, changer les choses ou apporter une solution, touche tant les techno-enthousiastes, victime de la séduction technologique, que les plus technophobes. Certes, il ne faut pas sous-estimer l'impact des technologies sur nos usages, mais les outils ne sont que des outils! Ils font avant tout ce qu'on leur fait faire, comme en témoigne Gaston Lagaffe, passé maître dans l'art de détourner les objets de leur fonction initiale.

Les outils ne sont que des outils! Oui, mais...

  • les objets, outils et dispositifs socio-techniques qui nous entourent orientent nos usages, nos actions, nos comportements. De même que le design du marteau se passe de mode d'emploi et celui d'une arme à feu est une invitation à tirer, les outils du Web 2.0 incitent à partager, collaborer, etc. Avec, l'invention de l'imprimerie, Gutenberg a modifié le support des connaissances et induit un mode de consommation de celles-ci: linéaire, analytique, cumulatif, etc. Tandis qu'Internet induirait un fonctionnement différent: visuel, fragmenté, rhizomatique (littéralement en réseau), etc. D'où les formules fréquentes: qu'est-ce que les technologies nous font faire, qu'est-ce qu'elles font à nos sociétés, à l'enseignement, à la pédagogie, aux processus d'apprentissage? etc.
  • tous les outils ne se valent pas, certains sont plus ergonomiques, fonctionnels et performants que d'autres. Ils restent cependant avant tout au service des objectifs poursuivis, notamment pédagogiques, par rapport auxquels ils sont adaptés, configurés, pour s'insérer dans des dispositifs plus larges, et constituent rarement une solution en soi. Du moins, ils ne sont pas pédagogiques en soi, il ne font pas de la pédagogie tout seuls et ne nous dispensent jamais de penser aux aspects pédagogiques.

Les outils ne sont ni bons ni mauvais! Bien au contraire...

  • Pour paraphraser Michel Serres, "tout progrès des sciences et des techniques, toute innovation technologique, s'accompagne nécessairement de reculs". Si, derrière tout potentiel de gain, demeure un risque de recul (ex: les réseaux sociaux nous font naviguer entre intelligence collective et problématique de l'identité numérique et l'e-learning, entre plus value pédagogique et dispositifs transmissifs, orientés contenu plutôt qu'apprentissage, etc.), c'est parce que les technologies sont des "pharmakons", à la fois remède et poison. Elles ne sont pas "ni bonnes ni mauvaises", mais à la fois "bonnes et mauvaises". Ce sont des armes à double tranchant, dont l'impact souhaitable ou regrettable tient à peu de chose: à la pertinence des objectifs visés et à l'adéquation des ressources et compétences mobilisées, en fonction du contexte et des besoins, etc.

Les TIC, cheval de Troie de la pédagogie

D'un point de vue scientifique et méthodologique, il est très difficile de démontrer l'avantage supposé d'un système de formation sur un autre. C'est le modèle "expérimental" qui continue à prévaloir dans les recherches en sciences de l'éducation. Or il est presque impossible de réunir des conditions identiques (c'est-à-dire de purifier l'expérimentation de tout contexte) pour comparer l'avant et l'après, entre une situation d'apprentissage "traditionnelle" et une autre "médiatisée". Cette impasse conduit à une guerre de tranchée entre "pro et anti" (NSD: No Significant Differences). En effet, selon qu'on "instruit" à charge ou à décharge, il est toujours possible d'amplifier ou de minimiser un impact positif ou négatif ou de l'imputer à des facteurs externes. Ainsi, si une "classe TIC" obtient de meilleurs résultats, il est toujours possible de mettre en doute le fait que ce gain soit réellement imputable à l'utilisation des technologies, en pointant divers facteurs contextuels, notamment l'enthousiasme, la motivation ou la concentration accrue que peut générer le fait de tester quelque chose de nouveau, etc. A l'inverse si une "classe TIC" obtient un moins bon score, il est toujours possible de mettre en doute le niveau de compétences TIC mobilisé ou de pointer des lacunes dans leur intégration dans le processus d'apprentissage.

Dès lors, de nombreux observateurs, soucieux de contourner ce débat stérile (d'autant qu'il existe d'autres modes de validation scientifiques spécialement développés par et pour les sciences humaines et leurs exigences spécifiques), préfèrent simplement lister les plus-values sans les quantifier, ni les comparer. Ils considèrent l'introduction des technologies dans les processus d'apprentissage comme le "cheval de Troie" de la pédagogie. En effet, si les technologies ne révolutionnent pas la pédagogie (rares sont les véritables innovations pédagogiques, par contre les technologies permettent de réactualiser des pédagogies dites innovantes, notamment actives, en facilitant leur implémentation), elles fournissent au moins l'occasion aux enseignants et aux formateurs de prendre du recul par rapport à leurs pratiques professionnelles, de les questionner et, partant, de les améliorer. Le simple fait de réfléchir à sa pédagogie est en effet susceptible de l'améliorer.

Il existe en fait de nombreuses preuves qualitatives (descriptives) qui témoignent d'une amélioration de la motivation, de l'engagement et de la persévérance des apprenants dans leurs parcours d'apprentissage. De nombreux responsables formation témoignent également que la médiatisation du dispositif de formation, a permis d'enregistrer des taux de réussite similaires à la formule "traditionnelle", mais avec de meilleurs scores, ce qu'ils expliquent généralement par la qualité du dispositif, qui a fait l'objet de toute les attentions, où tout a été pensé, prévu, anticipé, millimètré, testé, évalué, etc.

La labellisation: une approche complémentaire et pragmatique, orientée produit plutôt que processus

Comme dans certains mariages, celui des technologies et de la pédagogie s'est plutôt fait, dans un premier temps, pour le pire plutôt que le meilleur (voir supra le concept de "pharmakon"), avec des dispositifs stéréotypés "contenu+quiz", transmissifs et peu efficaces, parce que l'illusion technologique avait fait penser que les technologies allaient s'imposer d'elles-mêmes, qu'elles constituaient une solution en soi et nous dispensait de penser pédagogie et apprentissage, ou parce que la motivation première était la réduction des coûts plutôt que l'efficacité pédagogique et que, partant, le projet de mise en ligne de cours n'était pas porté par les bonnes personnes ou encore parce que la réalisation finale n'était pas en phase avec les objectifs stratégiques de l'organisation, etc. Les raisons des échecs sont nombreuses et connues, mais les bonnes pratiques peinent à s'imposer.

Ainsi, face à la prolifération de dispositifs médiatisés pédagogiquement pauvres et inefficaces, de nombreuses normes et certifications (normes ISO, Q*For, etc.) ont vu le jour. Cependant, la plupart d'entre elles, issues des méthodologies de gestion de projets (cf. méthode ADDIE), se concentraient exclusivement sur le processus de mise en ligne de cours et, paradoxalement, bien qu'essentielles, elles peinèrent à garantir la qualité et surtout l'efficacité des réalisations finales, le respect des prescriptions méthologiques pouvant parfois malgré tout conduire à manquer la cible.

C'est pourquoi dès 2007, l'AWT a initié une réflexion qui a abouti à la mise en place courant 2009 d'un label de qualité qui se concentre sur le dispositif e-learning en tant que réalisation finale, sur base de critères intrinsèques de qualité (ergonomiques, techniques, pédagogiques, etc.), plutôt que sur les étapes du processus méthodologique de mise en ligne de cours. Par conséquent, le label est octroyé aux dispositifs de formation qui remplissent les conditions, plutôt qu'à l'organisme qui le propose ou l'a développé (comme c'est généralement le cas pour les normes et certifications orientées "processus", sur base de la ratification d'une charte et/ou d'un audit validant les compétences, processus et services annoncés être mis en oeuvre). Un organisme peut ainsi avoir une partie de son catalogue labellisé et l'autre pas (pour des raisons historiques ou particulières).

L'approche "label" se veut cependant complémentaire aux normes et standards existants, la qualité d'un dispositif e-learning étant en effet, comme le rappelle le module "concepteur" ci-dessous, fonction à la fois:

  • du respect d'une méthodologie de gestion de projets rigoureuse et structurée;
  • de la prise en compte tant:
    • de critères de qualité;
    • que de facteurs de succès plus contextuels et organisationnels: démarrer petit, répartir les rôles, s'assurer du soutien hiérarchique, lier la réalisation aux objectifs stratégiques de l'organisation, etc.

Jeu de démo e-learning

Des critères de qualité consensuels

Largement consensuels et partagés, ce n'est pas pour autant qu'on retrouve ces critères de qualité systématiquement mis en oeuvre (justifiant le bien fondé de l'initiative). Ainsi, pour l'apprenant, la labellisation est la garantie que les cours:

  • fournissent les informations dont il a besoin pour mener à bien sa formation (cela semble évident et pourtant combien de fois avez-vous cherché sur la page d'accueil les instructions pour démarrer);
  • varient les méthodes d'apprentissage, voire développe des stratégies pédagogiques innovantes (et limite autant que possible la simple transmission d'information en élaborant des activités d'apprentissage au travers desquelles un réel processus d'apprentissage a lieu);
  • favorisent les échanges et les interactions entre les apprenants (ex: travail collaboratif) et/ou avec les encadrants (ex : coaching) (une formation qui s'appuient sur Internet sans en exploiter le potentiel en matière de communication, c'est regrettable);
  • respectent la concordance entre les objectifs annoncés, les méthodes pédagogiques utilisées et l'évaluation proposée (c'est la base);
  • exploitent les technologies, notamment multimédias, de manière adéquate et optimale (équilibre difficile mais nécessaire entre ce qui est possible et souhaitable).

Au total, 65 cours ont été labellisés par l'AWT depuis 2009 (et autant se sont vus refuser la labellisation), dont 48 sont référencés dans le catalogue Learn-on-Line:

Label de qualité e-learning

Membre du réseau EFQUEL (European Foundation for Quality in E-Learning) depuis 2009, le label de l'AWT a séduit de nombreux partenaires, si bien que l'initiative a été transposée au niveau international grâce à une quarantaine de partenaires à travers le monde et lancée officiellement en mars 2012: www.epprobate.com.

Logo epprobate

Pour en savoir plus

  • Epprobate Lien externe
    Epprobate (du latin "approbare", approuver) est le premier label de qualité international pour les réalisations e-learning
    http://www.epprobate.com
  • L'e-learning, c'est pour vous maintenant Lien externe
    Facteurs de succès pour se former en ligne ou concevoir un module e-learning de qualité
    http://www.awt.be/elearning/demo
  • Label de qualité e-learning
    Le label de qualité e-learning est une des initiatives mises en place par la Coupole e-learning de l'AWT pour promouvoir et développer un e-learning de qualité en Wallonie et Communauté française au bénéfice de tous les citoyens
    http://www.awt.be/web/edu/index.aspx?page=edu,fr,lab,000,000
  • Guide de l'e-learning à l'usage des PME
    Qu'est-ce que l'e-learning? Que peut-il apporter à mon entreprise ou à mon organisme? Quelles solutions adopter? Outil d'aide à la décision, le guide e-learning de l'AWT permet aux décideurs de déterminer leur scénario d'adoption de l'e-learning
    http://www.awt.be/web/edu/index.aspx?page=edu,fr,gui,000,000
  • Coupole e-learning: l'approche partenariale porte ses fruits!
    Depuis 2007, la Coupole e-learning de l'AWT s'appuie sur les forces vives de l'e-learning en Fédération Wallonie-Bruxelles, afin de promouvoir et développer un e-learning de qualité au bénéfice de tous les citoyens
    http://www.awt.be/web/edu/index.aspx?page=edu,fr,cou,000,000
  • Delicious.com/awtbe/qualité Lien vers del.icio.us
  • Delicious.com/awtbe/bonnes pratiques+efficacité Lien vers del.icio.us
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