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jeudi 29 septembre 2016

Méthodologie de gestion de projets e-learning

Tout projet, quel qu'il soit, gagne à suivre une méthodologie structurée, rigoureuse et cohérente. Les projets e-learning, quelle que soit leur ampleur, n'échappent pas à cette règle
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Mis à jour le 28/01/2008 | Imprimer | Envoyer

Le respect d'une méthodologie de gestion de projets structurée, rigoureuse et cohérente permet d'éviter certains écueils (perte de temps, explosion des coûts, etc.) et de gérer au mieux le processus de développement et/ou d'adoption-intégration de l'e-learning dans la structure organisationnelle.

Au début des années 2000 de nombreux contre-exemples ont desservi l'e-learning et masqué son réel potentiel. Ces solutions souffraient souvent d'un déficit méthodologique. Les nouvelles technologies, si séduisantes soient-elles, ne dispensent pas de suivre une méthodologie de gestion de projet. C'est à ce prix que les dispositifs mis en place exploitent de manière optimale les potentialités de l'e-learning dans un contexte donné.

L'e-learning n'est, par conséquent, ni bon ou mauvais, ni efficace ou inefficace, en soi. La forme que prend un dispositif et les options retenues varient au cas par cas. C'est une approche contextuelle et pragmatique de l'e-learning qui doit prévaloir. De même, si certaines formes d'e-learning sont plus répandues que d'autres (blended learning, classe virtuelle, etc.), cela ne signifie pas qu'elles conviennent dans tous les contextes.

En conclusion, la réussite d'un projet e-learning est avant tout une question méthodologique. Une solution e-learning efficace et performante n'est donc pas nécessairement complexe et coûteuse, c'est avant tout un dispositif qui exploite adéquatement les potentialités de l'e-learning en fonction de divers paramètres: objectifs poursuivis, caractéristiques du public-cible, contexte et contraintes.

La méthode "ADDIE"

Le guide e-learning propose la "méthode ADDIE". Largement diffusée, reconnue et utilisée, elle est détaillée dans un guide publié par le réseau Be-ODL (Belgian network for Open Distance Learning) et intitulé "Du contenu didactique à l'e-contenu didactique". Modulable, cette méthodologie peut s'adapter à tout type de projet, quel qu'en soit la taille.

La méthode ADDIE est structurée en cinq étapes:

  1. Analyse;
  2. Design (ou conception);
  3. Développement (ou réalisation);
  4. Implémentation;
  5. Evaluation.

Pour d'autres méthodologies, consultez:

Analyse et définition des objectifs

Cette phase est cruciale pour tout type de projet e-learning. Elle permet de préciser les objectifs, les domaines de formations visés, le public cible et son profil, les moyens disponibles, ainsi que le contexte et les contraintes (institutionnelles, techniques, financières, etc.). Ces données sont généralement intégrées dans un Plan de formation interne à l'organisation, qui définit plus largement la politique de formation de l'organisation, etc.

Définition des objectifs

Les objectifs de formation doivent être mis en relation avec les objectifs généraux de l'organisation. Supposons qu'une direction d’entreprise ait comme objectif l’amélioration de la qualité de la production, cet objectif peut se décliner par exemple en plusieurs sous-objectifs: renouvellement des machines, revue critique des performances des sous-traitants, mise au point d’objectifs quantitatifs et d’outils de mesure par unité, engagement ou reclassification de personnel et également, formation du personnel de maîtrise à la gestion qualité, et du personnel d’exécution aux nouvelles machines. La formation est bien un composant d’un système plus large et participe à son efficacité, sa productivité et, partant, à sa rentabilité.

  • objectifs généraux de l'organisation: Description si possible mesurable (chiffre d’affaires, indicateurs divers, etc.) des objectifs de l'entreprise, afin de faciliter l'évaluation ex post du projet et d'en mesurer les effets;
  • objectifs de formation: Ils sont généralement décrits dans un plan de formation intégré qui précise qui doit être formé, à propos de quoi et comment. Quels sont les objectifs de formation et comment s’inscrivent-ils ou servent-ils les objectifs de l ’entreprise?
  • objectifs du cours: Quelles compétences le cours doit-il permettre d'entraîner? Vise-t-il plutôt des connaissances théoriques ou des savoir-faire pratiques? En général le savoir-faire s’exprime avec des verbes d’action. L’Agence française de normalisation (AFNOR) définit la compétence comme « mise en oeuvre, en situation professionnelle, de capacités qui permettent d'exercer convenablement une fonction ou une activité » (les "Ingrédients pédagogiques" de ce guide proposent une typologie des compétences professionnelles qu'il est possible de développer en ligne).

Description du profil du public cible

Qui doit-on former pour atteindre les objectifs de formation?

Le profil des apprenants doit faire l'objet d'une description aussi détaillée que possible (nombre, âge, localisation, statut professionnel et/ou hiérarchique, background, style cognitif, etc.). Le questionnaire diagnostique intègre quelques-uns de ces éléments.

Analyse des besoins (et de l'existant)

L'analyse de l'existant consiste à consulter ce qui existe, afin d'en bénéficier, de l'adapter ou de s'en inspirer. Pour analyser l'existant, vous pouvez consulter l'offre de formation e-learning (voir la ressource "Catalogue, listing et aides" de ce guide). Les thèmes "Démos et exemples" du site www.jemeformeadistance.be et "Répertoire de ressources pour le formateur" de la webographie du portail Learn-on-line permettent de compléter la démarche.

L'analyse des besoins, quant à elle, implique d'évaluer les forces et faiblesses du projet en regard des objectifs poursuivis, du profil du public cible et de divers paramètres, tels que le contexte du projet et les contraintes multiples (institutionnelles, économiques, politiques, techniques, etc.). Les résultats de l'analyse des besoins sont déterminants dans la réussite ou l'échec du projet, puisqu'ils vont permettre de l'orienter, d'identifier les priorités et d'effectuer les choix pédagogiques et techniques opportuns.

De nombreuses méthodes existent. La plus répandue est l'analyse SWOT: Strengths (forces), Weaknesses (faiblesses), Opportunities (opportunités), Threats (menaces). Méthodologie issue de l'analyse stratégique en entreprise, elle permet rapidement de prendre du recul, de voir d’où on part, d’identifier la situation idéale à atteindre, et de mesurer la différence entre le niveau actuel et le niveau souhaité. Les distances entre niveaux à atteindre (découlant des objectifs de formation) et niveaux acquis donneront les priorités en matière de développement.

Les questions à poser sont à la fois nombreuses et spécifiques à chaque projet:

  • contenu: De quel contenu (textes, images, etc.) disposez-vous déjà? Sous quelle forme (papier, numérique, etc. )? Ce contenu est-il réellement disponible (droits d’auteur)? Maîtrisez-vous le contenu proprement dit ou avez-vous besoin d’expertise? Y a-t-il des prérequis à acquérir? etc;
  • contexte: Le projet bénéficie-t-il du soutien de la direction? La formation fait-elle partie de la culture de l'organisation? L'e-learning est-il compatible avec l’organisation matérielle du poste de travail? Est-ce compatible avec les contrats de travail? etc;
  • moyens (ce facteur détermine en grande partie vos limites):
    • Quel budget est disponible? Quelles ressources humaines (internes / externes)? Quel dégagement de temps? etc;
    • De quelle infrastructure dispose-t-on pour le développement et la diffusion? La mise en place d'un service de support (helpdesk, coaching) est-elle prévue?

Etant donné l'importance de cette phase, il est essentiel d'y consacrer le temps et l'énergie nécessaire afin de ne pas en perdre par la suite. Il est également utile, sinon de la sous-traiter, au moins de bénéficier d'un regard extérieur et expérimenté. Ce guide permet d'effectuer un premier diagnostic rapide qui peut se révéler précieux pour l'orientation général du projet.

Design et développement

Design (ou conception)

Concevoir un cours en ligne nécessite d'en définir la structure générale (scénario ou parcours d'apprentissage) et le découpage (en modules, séquences ou activités d'apprentissage). Il faut également effectuer les choix pédagogiques et techniques adéquats, en regard des objectifs poursuivis, des caractéristiques du public cible, des ressources et moyens disponibles, etc. Ce travail s'appuie principalement sur les résultats de l'analyse des besoins et implique une cascade de choix interdépendants en matière de:

  • stratégies et méthodes d'apprentissage (méthodes classiques ou innovantes, niveau de modularité et de flexibilité: durée, adaptabilité, personnalisation, parcours linéaire ou adapté, parcours libre, imposé, mixte ou dynamique, avec points de contrôle, etc.);
    • les "Ingrédients pédagogiques" de ce guide, ainsi que le feedback pédagogique du "Diagnostic e-learning" sont des aides pédagogiques précieuses;
    • le guide "De l'apprentissage à l'e-apprentissage" du Be-ODL permet de passer d'un modèle d'apprentissage classique à un modèle d'e-apprentissage. Il présente divers outils et formes d'apprentissage numérique, et permet également de mieux appréhender le profil cognitif des apprenants;
  • outils et modes d'évaluation (évaluation des acquis, évaluation formative, autoévaluation, évaluation des prérequis, avec degrés de certitude, etc.);
  • modes d'accompagnement et de tutorat (proactif ou réactif);
    • consultez la ressource de ce guide dédiée au tutorat et à la "Charge tutorale";
  • type d'interaction et outils de communication et de collaboration;
    • consultez la ressource de ce guide dédiée aux "Outils de communication et de collaboration" dans "Outils e-learning";
  • navigation, ergonomie, design et graphisme, mais aussi outils d'édition, de mise en forme et de gestion de contenu, ou encore outils multimédias (textes, images, vidéo, graphiques et animations, etc.);
    • consulter la webographie du portail Learn-on-Line, notamment le thème "Outils multimédias pertinents pour l'e-learning"
    • consultez la ressource de ce guide dédiée aux droits d'auteur (voir "Aspects juridiques et normatifs" dans "Aspects divers").
  • outils de suivi des apprenants, de gestion et d'administration de la formation (plateformes intégrées, outils de tracking à destination des tuteurs et des apprenants) ;
    • consultez la ressource de ce guide dédiée aux "Outils e-learning".

Toutes les formations, qu'elles soient plutôt théoriques ou plutôt pratiques, peuvent bénéficier des atouts de l'e-learning. Les outils pédagogiques seront simplement différents. Par exemple, pour des situations de savoir-faire, on recourra aux études de cas, jeux et simulations impliquant des choix et des actions. Les "Ingrédients pédagogiques" de ce guide proposent des correspondances entre les compétences professionnelles (qu'il est possible de développer en ligne) et les méthodes pédagogiques les plus adéquates (pour les développer dans votre contexte). En outre, le feedback pédagogique du diagnostic e-learning indique les associations "méthode-compétence" qui conviennent le mieux à votre situation.

Développement (ou réalisation)

Une fois que le parcours d'apprentissage est défini et que les divers ingrédients sont identifiés et disponibles (qu'ils aient été développés sur mesure, téléchargés ou achetés), il faut mettre tout cela en musique (le plus souvent au sein d'une plateforme intégrée) pour créer concrètement le cours en ligne. Les ingrédients, ou objets d'apprentissage, peuvent être très petits (métadonnées ou grains pédagogiques: texte, image, vidéo, etc.) ou plus complexes (modules, séquences ou activités pédagogiques complètes).

Les norme SCORM et LOM permettent l'interopérabilité des plateformes e-learning et l'interchangeabilité de leurs ingrédients. Il est donc possible de déplacer un texte, une vidéo, un module d'une plateforme e-learning vers une autre. Ou d'implémenter un outil extérieur à la plateforme. La capacité de réutilisation du matériel d'apprentissage ou des outils techniques achetés ou téléchargés est précieuse, c'est un gage de flexibilité et de longévité (durabilité) du dispositif de formation mis en place.

Implémentation et évaluation de la qualité

Une fois le cours réalisé, il faut en faire la promotion auprès du public visé, ce qui suppose l'élaboration d'un plan de communication et d'accompagnement des apprenants. Il faudra également assurer la maintenance du cours en ligne (gestion et adaptation du cours et du matériel).

Enfin, les bonnes pratiques en matière de gestion de projets impliquent toujours une phase d'évaluation. L'évaluation de la qualité et de l'efficacité du projet dans son ensemble et du cours en particulier, permet de vérifier si les objectifs initiaux sont effectivement atteints et de procéder, le cas échéant, à des régulations et adaptations.

Le modèle de Kirkpatrick est, depuis près de 50 ans, la référence en matière d’évaluation des dispositifs de formation. Il propose 4 niveaux, dont les deux premiers s’adressent à l’expérience individuelle, et les deux derniers couvrent l’impact sur l’organisation:

  1. mesurer la satisfaction des participants;
  2. mesurer l’augmentation des connaissances, l'amélioration des aptitudes et/ou les changements d’attitude après la formation;
  3. évaluer l’application et/ou les changements au niveau du comportement en milieu de travail relatifs à l’apprentissage;
  4. évaluer les résultats, conséquences et/ou impacts du programme.

L’évaluation doit donc mesurer la pertinence et l’efficacité du dispositif de formation, mais aussi ses bénéfices, son impact sur les compétences des apprenants et sur les objectifs généraux de l’organisation.

Quelques outils permettant d'évaluer un dispositif e-learning et d'en améliorer la qualité:

  • Le LabSET a développé une grille de critères de qualité. Cette grille propose 25 critères, tant ergonomiques que pédagogiques et techniques. Elle permet de procéder à une évaluation très complète couvrant les quatre niveaux identifiés par Kirkpatrick. Elle peut également être utilisée comme une check-list pour concevoir une solution e-learning;
  • Le réseau Be-ODL a développé l'outil Sevaq (Self Evaluation for Quality in e-learning). Construit sur le modèle d'excellence EFQM (European Foundation for Quality Management), cet outil repose également sur l'évaluation de la satisfaction des apprenants. Plus complexe que le questionnaire de satisfaction Learn-on-Line, il est plus difficile à utiliser mais offre une plus grande finesse d'analyse;
  • Concernant l'évaluation des acquis, consultez le thème "Outils d'évaluation" de la webographie du portail Learn-on-Line et, concernant le transfert de compétences par l'apprenant dans sa pratique professionnelle, consultez la ressource de ce guide consacrée à la mesure d'impact (voir "ROI et postes de dépenses" dans "Aspects divers");
  • Pour plus de détails sur ce sujet, consultez le portail Learn-on-Line, notamment la ressource consacrée à "L'évaluation de la qualité d'un cours en ligne".

Quelques normes permettant d'assurer et de garantir la qualité d'un dispositif e-learning:

  • La procédure d'accréditation des chèques-formation repose sur une évaluation du dispositif de formation, qu'il soit ou non en ligne, et en garantit par conséquent la qualité;
  • La norme ISO 19796-1-2005 publiée par le comité iso JTC1/SC36 fin 2005 se concentre sur les étapes clés du processus de mise en ligne d'un cours (analyse des besoins et de l’environnement, conception, développement et production, implémentation, processus d’apprentissage et évaluation) et propose pour chacune d'elles des critères et indicateurs, garants de la qualité finale de la réalisation.
  • Plus récente que la norme ISO 9000, la norme ISO/CEI 9126, décrit les exigences qualité des produits logiciels (capacité fonctionnelle, fiabilité, facilité d’utilisation, rendement, maintenabilité, portabilité ou interopérabilité), elle-même reprise et enrichie par la norme ISO 25000, également appelée SQuaRE (Software QUAlity Requirements and Evaluation). Cette norme peut se révéler utile en e-learning bien qu'elle s'intéresse plus largement aux produits logiciels;
  • La norme Q*For fonde principalement son évaluation de la qualité des prestations de service des organismes de formation sur une enquête de satisfaction par téléphone menée auprès des clients.

Pour en savoir plus

  • Belgian network for Open and Distance Learning (Be-ODL) Lien externe
    ASBL fondée par des organismes privés et publics. Elle se consacre depuis 1999 au développement de l'e-learning en Belgique. Be-ODL est un réseau de praticiens souhaitant promouvoir la FOAD (formation ouverte à distance)
    http://www.be-odl.org
  • Outil de gestion de projets Lien externe
    http://ganttproject.biz/
  • Learn-on-Line Lien externe
    Portail de l'e-learning en Belgique francophone. Il propose un catalogue de formations e-learning, de multiples ressources et des espaces d'échange à destination des particuliers, des entreprises et des formateurs, qu'ils soient concepteurs ou tuteurs
    http://www.learn-on-line.be
  • Avantages et conditions de réussite d'un projet d'e-learning
    Le projet "Campus virtuel" a permis de dégager une série d'avantages intrinsèques à tout projet d'e-learning, mais aussi une liste de conditions de réussite de ce type de projet
    http://www.awt.be/web/edu/index.aspx?page=edu,fr,400,200,002
  • Le portail de la formation professionnelle continue au Luxembourg Lien externe
    Toutes les informations utiles pour les particuliers, les entreprises et les formateurs
    http://www.lifelong-learning.lu
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