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samedi 1 octobre 2016

Les enjeux de la télévision numérique

L'arrivée de la télévision numérique provoque une véritable révolution technologique dont les enjeux concernent tous les acteurs impliqués dans la chaîne de production et la distribution de contenus
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Mis à jour le 29/01/2007 | Imprimer | Envoyer

La numérisation du secteur audiovisuel modifie profondément son paysage actuel. Ce changement radical concerne les trois niveaux qui structurent traditionnellement ce domaine d'activité, à savoir:

  • la production de contenus,
  • la transmission de ces flux numériques,
  • la réception de ces contenus.

Perspectives pour le marché de la télévision

Cinq grandes tendances structurantes

Les grandes tendances observées pour l'évolution de la télévision peuvent être synthétisées de la façon suivante:

  • une montée en puissance de l'IPTV et de la distribution de contenu multimédia par le réseau Internet,
  • une large disponibilité des services de Video on Demand (VoD). Une cinquantaine de services de VoD sont déjà actuellement disponibles en Europe, tous déployés dans les derniers mois,
  • un développement des services de télévision distribués en mode Peer to Peer (Videocasting et services basés sur du contenu créé par les utilisateurs),
  • une forte progression des taux d'équipement en Personal Video Recorders (PVR), mais également en ordinateurs de salon, type Media Center, connectés via des réseaux domestiques sans fil (Home Networks),
  • l'émergence d'une offre de télévision mobile étendue (réseaux cellulaires 3G et 3,5G, DVB-H, DVB-T, etc.)

Des réductions significatives des coûts peuvent être associées à ces différentes étapes. Cette situation entraîne des conséquences importantes qui se traduisent par l'apparition de nouveaux acteurs à chaque étape de l'activité audiovisuelle. Néanmoins, la convergence est une condition nécessaire, mais non suffisante, à l'émergence spontanée et à la structuration de nouveaux marchés dans le secteur audiovisuel. D'autres facteurs, tels que l'évolution du cadre réglementaire ou encore la transformation des usages, doivent être clairement envisagés comme des éléments pertinents.

Vers la télévision personnelle

La télévision reste, à ce jour, le média le plus populaire auprès des citoyens européens. L'IDATE met notamment en avant plusieurs études où apparaît un taux d'exposition moyen de 10 heures par jour en Europe.

Un rapport de l'European Interactive Advertising Association (EIAA) fournit, de ce point de vue, une vision précise de la "consommation" des différents médias par les citoyens européens:

  • télévision: 17,8%,
  • Internet: 10,8%,
  • radio: 15,6%,
  • presse: 5,4%,
  • magazines: 4,3%.

Le service traditionnel de télévision se trouve néanmoins aujourd'hui exposé à différents risques. Ces risques sont issus de l'émergence de "nouveaux territoires audiovisuels" nés à la fois:

  • de la convergence numérique qui affecte, comme mentionné ci-dessus, tant la production de contenus audiovisuels que leur transmission, et enfin la réception et la consommation de ces signaux,
  • de la disponibilité de réseaux à large bande tant pour les communications fixes que pour les communications mobiles,
  • d'une transformation des usages (Egocasting).

Les futures transformations du secteur audiovisuel seront donc moins touchées par la disponibilité de technologies qui s'inscrivent dans un environnement de convergence numérique, que guidées par l'évolution de facteurs tels que:

  • la demande finale,
  • la régulation,
  • l'innovation commerciale.

Les évolutions qui agitent aujourd'hui le secteur de la télévision sont avant tout dominées par l'entrée dans l'ère de la programmation personnelle. Dans cette perspective, les utilisateurs contrôlent en effet:

  • leurs modes de consommation (celle-ci devenant une consommation de stock et non plus une consommation de type linéaire organisée autour de grilles de programmes),
  • leurs lieux de consommation, notamment avec l'émergence d'une offre structurée de télévision mobile,
  • leurs niveaux de consommation en fonction des modèles tarifaires proposés,
  • leurs moyens d'échange de ces contenus, mais également de leurs préférences via l'intégration des systèmes de traçage et d'indexation tels qu'ils existent déjà aujourd'hui sur le Web (agrégateurs RSS, moteurs de recherches sur le Web, Guide Electronique de Programmes (EPG)).

A l'ordre du jour: la convergence

La numérisation du secteur audiovisuel constitue le dernier maillon de la chaîne, qui va du secteur des télécommunications jusqu'à celui de l'informatique. Cette chaîne numérique est également appelée "convergence". La convergence technologique est caractérisée par quatre dimensions:

  • la numérisation,
  • le niveau d'interactivité pour les différents produits et services issus de la numérisation,
  • l'extension de la couverture,
  • la disponibilité de la bande passante.

La convergence totale est en train de se mettre en place, au niveau:

  • des contenus (content convergence for both telecommunications and broadcasting): le contenu numérique sera diffusé par les opérateurs télécoms et les télé-distributeurs classiques de contenu audiovisuel, car le format numérique de la source sera un format standard;
  • des réseaux: les réseaux seront capables de transmettre les données numériques des différentes sources comme la voix, le multimédia ou les données informatiques (sans avoir le souci de savoir sur quel réseau, fixe ou mobile, est connecté l'utilisateur);
  • des terminaux: les terminaux seront utilisés pour la communication et pour la réception/transmission des séquences audio-visuelles (par exemple: visualiser des séquences télévision sur son GSM ou son ordinateur, communiquer par e-mail, SMS ou vidéotéléphonie à l'aide de son écran télévision , etc.);
  • des secteurs d'activités: IT, télécoms et multimédia.

A l'ordre du jour: la convergence

La situation actuelle

Actuellement, en Belgique, la majorité des clients résidentiels disposent de services de téléphonie fixe, de télévision par câble et d'accès Internet, ces trois services étant fournis, en général, par deux ou trois opérateurs distincts, avec autant de factures. Pour avoir accès aux trois services, chaque résidence dispose de deux raccords.

Situation actuelle en Belgique pour la téléphonie, la télévision et Internet

Le triple-play

La notion de "triple play" recouvre l'offre combinée de services fournie par des opérateurs télécoms de plus en plus nombreux (par exemple en France), offre grâce à laquelle l'utilisateur disposera, via un "tuyau" unique (Internet, câble, etc.), des services:

  • de téléphonie,
  • de télédistribution;
  • d'accès Internet;

L'utilisateur bénéficiera donc de ces trois services via un seul opérateur et il payera une seule facture. En d'autres termes, le tuyau unique va envelopper les trois petits tuyaux sur lesquels les trois services seront distribués.

Offre triple-play

L'avantage pour les nouvelles constructions sera ainsi de ne payer qu'un seul raccordement.

Dans le futur, cette offre "triple play" se complexifiera encore en "quadruple play" ou "multi play" et tendra vers une convergence totale de services caractérisée par:

  • la diffusion de programmes télévision sur n'importe quel terminal (GSM, écran de télévision , écran d'ordinateur, etc.);
  • l'accès à ces services à n'importe quel endroit du monde;
  • la visiotéléphonie sur un terminal spécifique ou sur un ordinateur, un écran de télévision , un GSM, etc.
  • l'accès à Internet avec un ordinateur, un écran télévision , un GSM, etc.

Vers une offre multi-play

Quel tuyau, quelle infrastructure?

Actuellement, le "tuyau" unique peut être basé sur:

  • le câble bifilaire utilisé pour la téléphonie et l'ADSL/VDSL/VDSL2;
  • le câble coaxial (en cuivre) utilisé par les réseaux de télédistribution;
  • le câble Ethernet RJ45 (la paire torsadée en cuivre) utilisé pour un accès à des réseaux de type MetroEthernet;
  • le câble en fibre optique utilisé pour les accès FTTH.

Toutes les infrastructures en cuivre ont des limitations de débit liées à la distance de l'utilisateur par rapport à un central téléphonique ou par rapport à un mini central téléphonique (cabinet street). A plus de 1000 m, les débits ne peuvent plus être garantis pour des services triple play ou multi play.

La fibre optique (FO) n'a pas de limitation de débits par rapport à la distance. A terme, toutes les infrastructures de communication en cuivre seront remplacées par des infrastructures FO. Ce processus a démarré. Les opérateurs télécoms tels que France Telecom, Belgacom, etc. ont déjà entamé ce processus de migration de leur infrastructure cuivre vers des infrastructures FO.

Quels débits?

Actuellement

Les besoins actuels en débits pour les services triple/multi play, sont les suivants:

  • de 3 à 8 Mbps pour la transmission de 2 chaînes SDTV codées en MPEG-2 (1,5 à 4 Mbps par chaîne SDTV en MPEG-2);
  • ou de 4 à 5 Mbps pour la transmission de 2 chaînes SDTV codées en MPEG-4 (environ 2 Mbps par chaîne SDTV en MPEG-4);
  • de 8 à 20 Mbps pour la transmission/réception d'une chaîne HDTV codée en MPEG-4;
  • de 2 à 6 Mbps pour la VoD (vidéo à la demande);
  • jusqu'à 0,1 Mbps symétrique pour la voix (VoIP);
  • de 0,2 à 5 Mbps pour Internet.

En résumé, le débit nécessaire pour ces services triple play est de minimum 30 Mbps avec une forte tendance à la hausse dès que le contenu HD est de plus en plus fréquent. Ce débit peut être assuré facilement par les réseaux des câblo-opérateurs wallons.

D'autre part, des débits de 10 à 50 Mbps sont techniquement possibles sur le réseau VDSL de Belgacom, disponible sur une partie du territoire en Wallonie. Le débit est actuellement limité par Belgacom à 9 Mbps. Sur ce type de connexion, BelgacomTV n'aura pas de soucis pour diffuser des programmes en HDTV. Le passage à VDSL2 permettra d'augmenter ces débits jusqu'à 100 Mbps en transfert vers l'utilisateur.

Les besoins en débits à l'horizon de l'an 2010

Pour les services triple play/multi play des années à venir, les estimations de débits sont les suivantes:

  • de 20 à 40 Mbps pour la transmission/réception de 2 chaînes HDTV (8 à 20 Mbps par chaîne HDTV) ;
  • de 6 à 16 Mbps pour la transmission/réception de 4 chaînes SDTV (1,5 à 4 Mbps par chaîne SDTV) ;
  • de 2 à 6 Mbps pour la VoD;
  • jusqu'à 0,1 Mbps symétrique pour la voix (VoIP);
  • de 0,2 à 5 Mbps pour Internet;
  • 0,7 Mbps symétrique pour IMS/vidéo conférence.

On peut donc considérer que la fourchette des débits nécessaires ira de 30 Mbps à 70 Mbps. Pour supporter les services du futur, un débit moyen de 50 Mbps sera nécessaire et, à l'horizon de l'an 2010, un débit de 100 Mbps symétrique sera incontournable.

Le rôle central de l'Internet pour l'avenir de la télévision

L'Internet doit être considéré comme un facteur-clé de l'évolution à long terme de la télévision. Selon l'IDATE, 60% des foyers européens disposeront d'un accès Internet haut ou très haut débit en 2015.

Peut-on dès lors affirmer que l'on assiste à une lente mais irréversible convergence des univers de la télévision et de l'Internet? Cette évolution semble se dessiner, mais doit encore être évaluée avec précaution. L'avenir de la web télévision doit en effet nécessairement être mis en parallèle avec une continuation des modèles traditionnels qui structurent aujourd'hui le secteur de la télévision autour de grilles horaires de programmation et de modèles d'affaires établis (financements publics/privés via des revenus publicitaires et/ou modèle de la télévision à péage). L'autre élément qui doit conduire à une certaine prudence est celui de l'hétérogénéité d'une télévision universelle alternative utilisant l'Internet comme plateforme principale de production, de diffusion et de réception.

Néanmoins, certaines tendances allant dans le sens d'un renforcement rapide de l'Internet en tant que plateforme permettant l'émergence d'une télévision alternative universelle sont à prendre en considération. Parmi celles-ci, on peut notamment citer les évolutions suivantes:

  • explosion du nombre de Vlogs (Vidéoblogs) grâce notamment à la disponibilité de plateformes intégrées d'encodage et de publication vidéo telles que YouTube ou Daily Motion. 100 millions de vidéos sont consultées sur YouTube quotidiennement dans le monde, 20 millions de personnes consomment 5 heures de vidéo par mois sur ce site dont l'audience dépasse désormais celle de la chaîne musicale MTV aux Etats-Unis. Google a bien compris l'importance de ce marché stratégique en rachetant YouTube à prix d'or;
  • disponibilité de plateformes collaboratives de blogging. MySpaces est devenu le site web le plus consulté aux Etats-Unis devant Yahoo!;
  • disponibilité d'outils d'indexation permettant l'émergence de contenus extrêmement spécialisés et pouvant être consommés à la carte (agrégateurs RSS vidéo tels que Fireant, Videora, Vlogdirectory, etc),
  • émergence d'une offre web télévision émanant des grands groupes de médias détenteurs de droits. Les chaînes de télévision traditionnelles ont aujourd'hui intérêt à "porter" leurs contenus phares sur l'Internet pour deux raisons essentielles:
    • en diffusant leurs programmes sur l'Internet, elles mettent en oeuvre une stratégie de "catching back" de leur audience et permettent ainsi sa fidélisation,
    • elles limitent les risques de transferts massifs des budgets publicitaires vers d'autres sites Web;
  • développement d'une offre web télévision basée sur un modèle ouvert incluant une diffusion en mode Peer to Peer (OMN, Broadcast Machine Software, Veoh Networks, Current TV , Brightcove, etc.)
  • rôle actif des grands acteurs de l'industrie ICT (Microsoft, Intel, Apple, Google, etc.) qui vendent des solutions (PVR, Media Centers, réseaux domestiques sans fil) visant à amener le multimédia au coeur du foyer.

Plus que la substitution d'un univers à un autre, on assiste davantage à une déstructuration de la télévision traditionnelle où coexistent et se superposent des environnements différents. La convergence numérique aboutit à une divergence des types de technologies ou encore des statuts des différents acteurs:

  • disparition du concept de terminal dédié à un usage unique au profit de terminaux multiples capables de recevoir mais également, le cas échéant, produire et diffuser des contenus de toute nature,
  • effacement des lignes de partage entre les statuts de producteur, de diffuseur, de distributeur de ces informations,
  • remise en cause du rôle traditionnellement "passif" du téléspectateur au profit d'un acteur de la production et de l'échange de contenus audiovisuels.

L'écran de téléviseur se transforme en fenêtre vers le monde virtuel et en interface d'accès à Internet

La convergence des terminaux transforme le rôle classique du téléviseur. Il s'ouvre comme une fenêtre vers la communication en réseaux. Les portails TV, dédiés à un accès via une interface spécialement conçue pour un écran TV, devront se développer massivement et proposer de nouveaux services.

Les premiers portails TV ont fait leur apparition au Japon. Les services proposés actuellement sont:

  • l'accès à VoD;
  • l'accès à des sites d'achat en ligne;
  • le stockage des photos et la possibilité de les visualiser sur un téléviseur (avec un viewer spécial développé pour les écrans TV);
  • les actualités en ligne;
  • des informations utiles;

Cette palette de services devra s'étoffer par l'ajout nouveaux services et le développement de moyens techniques d'accès facile (par menus accessibles avec une télécommande, etc.). Un exemple de services qui seront ajoutés rapidement à la liste initiale:

  • l'accès aux jeux en ligne;
  • les communications vocales et la messagerie électronique;
  • des outils de recherche de contenus, y compris recherche dans les séquences vidéo;
  • etc.

Pour en savoir plus:

  • Le débat du très haut débit
    Depuis plus de 200 ans, chaque révolution technologique est associée à un nouveau réseau (routes, voies maritimes, chemin de fer, etc.). La révolution technologique actuelle est clairement associée aux réseaux numériques à très haut débit
    http://www.awt.be/web/res/index.aspx?page=res,fr,200,000,000;
  • Voo.be Lien externe
    Offre de services Triple Play résultant de l'association d'Ale-Teledis et Brutélé
    http://www.voo.be
  • YouTube, Broadcast Yourself Lien externe
    YouTube allows people to easily upload and share video clips on www.YouTube.com and across the Internet through websites, mobile devices, blogs, and email
    http://www.youtube.com
  • DoTV Lien externe
    http://dotv.jp
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