Agence Wallonne des Télécommunications, la plateforme ICT de la Wallonie

mardi 2 septembre 2014

Le téléphone mobile et les jeunes

Adopté massivement à l'échelle de la planète, le téléphone mobile est aujourd'hui devenu un véritable couteau suisse de la communication moderne. C'est particulièrement vrai au niveau des adolescents pour qui le mobile devient un outil d'émancipation
Twitter Facebook Delicious
Mis à jour le 10/01/2011 | Imprimer | Envoyer

Fin 2009, les chiffres de l'Union Internationale des Télécommunications (UIT) montraient que plus de 4,6 milliards de "comptes" mobiles étaient actifs dans le monde. 50% de la population mondiale est aujourd'hui connectée depuis son téléphone mobile et le taux de couverture par des systèmes cellulaires dépasse les 80%. Le téléphone mobile est non seulement devenu en moins de vingt ans le premier média numérique mais sa croissance devient exponentielle sous l'effet de son adoption massive et rapide par les pays émergents.

Adoption massive et intensification des usages

Si 20 ans ont été nécessaires pour franchir le cap du premier milliard d'utilisateurs mobiles, il a fallu 40 mois pour dépasser les deux milliards et seulement 24 mois pour atteindre les trois milliards d'utilisateurs (juillet 2007). Actuellement, chaque seconde un millier de nouveaux utilisateurs s'abonnent à un système de téléphonie mobile dans le monde. A titre de comparaison avec les autres médias, on compte 1,7 milliard d'internautes, 1,2 milliard d'ordinateurs personnels et 3,9 milliards de postes de radio sur la planète. L'Europe n'échappe bien évidemment pas à ce phénomène d'équipement de masse. Dans plusieurs pays européens, les 100% de taux de pénétration sont déjà largement dépassés.

Toutefois, outre la nature massive de cette appropriation c'est surtout l'intensité des usages qui y est associée qui retient aujourd'hui l'attention. Le développement d'infrastructures de télécommunications non plus conçues autour de la voix mais des données mobiles permet aujourd'hui d'utiliser son téléphone mobile pour des usages radicalement différents de ceux qui étaient disponibles lors de sa première mise sur le marché. De ce point de vue, le téléphone mobile constitue sans nul doute l'un des meilleurs exemples de la capacité des utilisateurs à en détourner les usages.

L'exemple du SMS

C'est notamment le cas du SMS (Short Message Service) dont personne n'avait prévu le développement qu'on lui connaît aujourd'hui. Utilisé par 53% de la population mondiale, le SMS compte trois fois plus d'utilisateurs actifs que d'utilisateurs de PC. La base active d'utilisateurs de SMS est 2,5 fois plus importante que celle des utilisateurs de courriers électroniques. Ces mobinautes ont échangé 4,6 trillions de SMS en 2009, soit en moyenne 2 SMS pour chaque humain par jour!

Outre sa nature d'outil de communication interpersonnelle, le SMS est également devenu seize ans après sa mise à disposition auprès du grand public l'une des principales plateformes transactionnelles, via notamment le micropaiement ou encore le televoting. De ce point de vue, la généralisation des offres commerciales proposant l'envoi illimité de SMS a fortement contribué à cette libération des usages chez les plus jeunes consommateurs au détriment des appels voix.

Le mobile au coeur des interactions numériques

Si le téléphone mobile a d'abord été conçu par ses créateurs comme un outil de communication interpersonnelle centré autour du transport de la voix en situation de réelle mobilité et non seulement de nomadisme, celui-ci change à présent de nature pour devenir le "hub" de l'ensemble de nos interactions avec notre environnement numérique et physique.

Le téléphone mobile est au coeur de quatre grandes familles d'interactions numériques, à savoir; la communication, la consommation, la création et le contrôle. Ainsi, comme l'a souligné le consultant Tomi Ahonen, le téléphone mobile présente sept spécificités:

  1. c'est le premier média massivement personnel,
  2. c'est le média qu'on porte toujours sur soi,
  3. c'est un média connecté ou connectable en permanence,
  4. c'est le seul média intégrant potentiellement un terminal de paiement,
  5. c'est le seul média disponible au moment de l'inspiration créatrice,
  6. c'est le seul média capable de mesurer précisément son audience,
  7. c'est le seul média qui capture le contexte social de votre consommation.

Et les adolescents?

Au regard des ces constatations, quels sont donc les principaux risques liés à une l'utilisation du téléphone mobile par les adolescents? Classiquement, on identifie sept catégories de risques potentiels concernant la téléphonie mobile et les jeunes:

  1. être mis en contact avec un destinataire non souhaité;
  2. se faire voler son téléphone mobile (ce risque est d'autant plus grave qu'il s'accompagne souvent de violences à la personne);
  3. être victime de spamming ou comment identifier le spammeur, si celui-ci est basé comme c'est souvent le cas, hors de l'Union Européenne?
  4. captation d'images et/ou de sons à l'insu de la personne concernée et éventuellement transmission de ce contenu à des tiers ou publication sur des plateformes de partage photos et vidéos sur l'Internet;
  5. utilisation personnelle du média en dehors du tout contrôle parental;
  6. être victime inconsciente de pressions commerciales visant au téléchargement de logos, ringtones, ou tous autres biens;
  7. inconnues quant aux risques sanitaires liés à l'exposition prolongé aux ondes électromagnétiques, mais également utilisation du téléphone en tant que baladeur (risques de pertes auditives), ou abus d'usage perturbant gravement le rythme de sommeil de l'adolescent (87% des adolescents américains avouent dormir à côté de leur téléphone mobile en veille). 

Le téléphone mobile clé de l'émancipation pour les adolescents?

Le téléphone mobile constitue aujourd'hui un des derniers repères tangibles du passage entre l'enfance et l'adolescence. Si on observe aujourd'hui un coup d'arrêt à la baisse de l'âge du primo-équipement  (12 ans en moyenne), sous l'effet des craintes exprimées en matière de santé publique, l'achat du premier téléphone mobile par les parents représente presque un rite initiatique vers le passage à l'âge adulte. Cependant, cette conversion est presque toujours l'occasion d'un malentendu non exprimé entre les différents acteurs.

D'un côté, les parents qui accèdent à la demande de l'enfant au nom de la préservation de l'unité relationnelle au sein du cercle familial dans une société où les contraintes de temps et de distance réduisent les possibilités de communication. Cet acte d'achat est généralement justifié au titre d'une plus grande sécurité de l'enfant: "Je sais que je peux l'appeler ou qu'il peut m'appeler s'il a besoin de moi".

Plusieurs études récentes ont ainsi montré que le statut familial influence la possession d'un téléphone mobile. Ainsi, les jeunes appartenant à une famille monoparentale ou vivant en alternance chez leur père et leur mère sont les plus nombreux à posséder un téléphone mobile, tandis que les jeunes appartenant à une famille biparentale sont moins nombreux à posséder un téléphone mobile.

De l'autre côté, les enfants qui y voient avant tout un instrument d'émancipation de la tutelle parentale et le sésame vers la reconnaissance de leurs pairs déjà équipés. 

Il est assez frappant de constater qu'une fois que l'adolescent s'est approprié ce téléphone mobile et son contenu, celui-ci est sanctuarisé comme objet intime vis-à-vis de ses parents mais est en revanche largement mutualisé, échangé et ouvert pour ses pairs comme condition même d'intégration dans la communauté.

Dès lors, le téléphone mobile devient le prolongement naturel de l'adolescent qui l'utilise comme une affirmation de soi avec tout l'aspect fortement émotionnel qui y est associé dans le cadre d'une personnalité en construction. La transgression des codes imposés par le monde des adultes s'exprime ainsi par exemple très souvent via les caméraphones. Ceux-ci sont alors utilisés à des fins duales qui relèvent aujourd'hui autant de moyens de provocation consciente ou inconsciente ("je filme une personne à son insu et je diffuse cette image"), mais également d'outils d'organisation ("j'utilise mon caméraphone pour fixer des contenus utiles pour moi comme un emploi du temps") ou encore d'affirmation du sens civique ("je photographie une situation contraire aux valeurs qui sont les miennes comme un abus manifeste de la force ou je dénonce l'absence de dispositifs spécifiques d'accès à des lieux publics pour personnes souffrant de handicaps physiques").

Des terminaux devenus de véritables couteaux suisses

A partir de 2004, la plupart des nouveaux téléphones vendus sur le marché ont intégré systématiquement un capteur photo et vidéo dont la résolution n'a cessé d'augmenter au point que ceux-ci constituent aujourd'hui une alternative crédible aux appareils photos numériques d'entrée de gamme.

Parallèlement, les terminaux mobiles disposent également d'une capacité mémoire de plus étendue afin précisément d'être en mesure de stocker des contenus multimédias. Enfin, afin de pallier le coût des connexions mobiles de données, la plupart des téléphones mobiles que l'on retrouve dans la poche des adolescents sont compatibles avec la technologie radio courte portée Bluetooth permettant l'échange gratuit de fichiers de téléphone à téléphone.

Le téléphone mobile est devenu en six ans un véritable "couteau suisse" de la communication moderne.  Utilisé en circuit fermé au sein d'une même communauté d'utilisateurs, ce terminal permet déjà la captation d'images et de sons à l'insu des personnes visées et la circulation de cette information à destination d'un large public. C'est précisément ce qui s'est passé dans les écoles où la généralisation de l'équipement des pré-adolescents et adolescents a favorisé ce genre de pratiques dont l'une des déviances la plus connue est celle du "Happy Slapping".

La montée en puissance d'affaires dépassant le cadre de simples jeux a amené des réponses de type organisationnelles (règlements intérieurs dans les établissements d'enseignement interdisant l'usage du téléphone mobile) et législatives comme l'incrimination du Happy Slapping, par exemple.

La révolution du Web Mobile

On observe depuis quelques années, un phénomène dit "d'internetisation du téléphone mobile". Porté par la disponibilité de réseaux d'accès haut débit, par la diffusion de téléphones intelligents (Smartphones ) et enfin par une offre de forfaits illimités pour le transfert de données mobiles, l'accès internet mobile devient aujourd'hui une fonctionnalité accessible pour une majorité d'utilisateurs. La cible marketing des 16-24 ans est bien évidemment au cœur de la stratégie des opérateurs qui se veulent répondre aux besoins de connectivité permanente exprimé par les représentants de cette "génération Y" née avec l'Internet.

Dès lors, l'usage du téléphone mobile, par cette population d'utilisateurs, ne se limite plus à l'envoi et à la réception de SMS. La capacité technique des systèmes d'exploitation des nouveaux téléphones intelligents permet d'accéder, de façon simplifiée, à des systèmes logiciels complexes. Il est donc possible aujourd'hui de configurer son téléphone mobile pour en faire le prolongement naturel de sa connexion fixe sur son ordinateur à la maison.

L'adoption massive par des adolescents de plus en plus jeunes des réseaux sociaux constitue, par ailleurs, le carburant de ce phénomène d'internetisation du téléphone mobile. De la même façon que les mesures d'interdiction d'accès aux réseaux sociaux dans les environnements professionnels sont aujourd'hui systématiquement contournées par les connexions mobiles personnelles, les mesures d'encadrement scolaires à destination des adolescents sont également en train d'imploser.

Les enseignants devraient comprendre que les murs de la salle de classe ont aujourd'hui disparus dans un monde numérique qui est en train de fusionner avec l'environnement physique qui nous entoure. Trop souvent envisagés par ceux-ci comme une simple "arme de distraction massive", il serait opportun au contraire d'intégrer les terminaux mobiles dans une véritable logique pédagogique.

Les contenus autoproduits par les adolescents circulent donc plus vite, plus loin et potentiellement auprès d'un nombre bien plus important de destinataires.  Ce changement d'échelle pose un défi majeur à l'heure où tous nos systèmes de contrôles préventifs et nos moyens répressifs ont été conçus autour d'une vision centrée sur l'ordinateur personnel à l'école ou au domicile de l'adolescent.

Avec l'ouverture du téléphone mobile à l'Internet, les scenarii noirs se multiplient: l'exposition de l'enfant à des contenus choquants ou sexuellement explicites, le pédophile souhaitant entrer directement en contact avec sa victime, ou encore le cyber-harcèlement systématique suite à de pratiques de "Sexting".

Quelles réponses ?

Si le risque zéro demeure une illusion, plusieurs solutions sont cependant envisageables pour prendre en compte cette nouvelle réalité. Ces réponses passent à la fois par des mesures techniques et par l'adaptation de politiques de prévention et d'éducation.

La réponse technique n'est que partielle mais celle-ci existe déjà. Des systèmes de contrôle parental sont aujourd'hui disponibles pour les téléphones mobiles et sont systématiquement intégrés dans les offres proposées par les opérateurs. Cependant, cette possibilité se voit souvent reléguée au rang d'une simple option qui est rarement présentée aux parents lors de l'achat du téléphone. Ce déficit d'explication est d'autant plus regrettable qu'en France, par exemple, plus d'un million d'utilisateurs ont demandé l'activation de ce filtrage depuis 2006.

Concrètement le filtrage du contrôle parental mobile permet de bloquer l'accès aux sites de charme du portail de l'opérateur, ainsi qu'aux sites mobiles de même nature hors portail. Il est même parfois possible de bloquer également les services de chat et de blog.

Il serait opportun de se demander, en concertation avec les fabricants de terminaux et les opérateurs, s'il ne serait pas possible d'aller plus loin encore en proposant par exemple la faculté de suivre l'activité de messagerie du terminal (SMS, MMS, e-mail), accéder à l'historique des appels entrants et sortants, d'être en mesure de bloquer le carnet d'adresse et de contrôler, à l'instar des droits administrateurs sur les ordinateurs personnels, les applications externes installées.

Cette approche peut paraître par trop complexe ou intrusive, mais il convient de souligner que c'est celle qui est déjà appliquée dans de nombreuses entreprises. La sécurité de nos enfants vaudrait-elle moins que celles des secrets d'affaires ?

En revanche, dans le cadre d'un contrôle technique de cette nature, il conviendrait d'être extrêmement vigilant quant la possibilité de faire évoluer ces différentes options en fonction de l'âge et de l'information de l'adolescent dans le cadre du respect du droit à la vie privée, notamment en matière de géolocalisation par exemple.

L'adaptation de nos systèmes d'éducation et de prévention constitue l'autre versant indissociable de l'évolution des dispositifs techniques de contrôle. Il convient de former les personnels affectés à cette mission aux spécificités du média mobile en tirant enfin pleinement les conséquences de la convergence numérique entre l'ordinateur personnel et le téléphone mobile.

Le dialogue de l'ensemble des acteurs (parents, enfants, tissu associatif, pouvoirs publics, acteurs privés) apparaît donc encore une fois comme la solution essentielle pour faire évoluer les mentalités et les dispositifs de protection associés face au défi technologique qui fait de chacun de nous des mobinautes.

Pour en savoir plus

Portail de la Région wallonne