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mardi 27 septembre 2016

Accès haut débit et usages innovants

Les accès à haut et très haut débits constituent un enjeu fondamental pour l'attractivité et la compétitivité des territoires, notamment grâce à des applications telles que l'e-commerce, la télévision sur ADSL ou encore la téléphonie sur IP (VoIP)
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Mis à jour le 03/09/2004 | Imprimer | Envoyer

La disponibilité d'une offre commerciale permettant à l'internaute de passer d'une connexion de type dial-up vers une connexion permanente grâce notamment aux technologies DSL et câble est, sans conteste, à l'origine d'usages innovants. Les entreprises et les particuliers qui disposent de tels accès se trouvent aujourd'hui libérés, à la fois de la contrainte historique liée à une facturation à la durée, mais également du goulet d'étranglement que constituait une session bas débit 56 Kbits pour l'échange d'importants volumes de données.

On sait qu'aujourd'hui, plus que jamais, que la compétitivité des territoires passe par la capacité des entreprises et des individus à s'appuyer sur une infrastructure de télécommunication performante, accessible à un coût abordable et permettant une offre de services et d'usages innovants. Toutefois, la connexion permanente peut varier fortement quant à son débit. Celui-ci peut être moyen (de 128 kbits à 512 kbits), haut (de 1 Mbit/s et 10 Mbit/s et au-delà) ou encore à très haut (100 Mbit/s). Cette réalité peut être à l'origine de disparités importantes et pénaliser ou au contraire encourager la localisation d'activités humaines. Il apparait donc fondamental de comprendre les enjeux induits par cette révolution du haut débit.

L'explosion du commerce électronique

L'éclatement de la "bulle" Internet, incontestable, apparaît cependant encore trop souvent comme un trompe l'oeil masquant l'ampleur d'une révolution numérique qui est en train de transformer en profondeur les comportements des acteurs économiques, politiques et sociaux à l'échelle mondiale. La fin de la période de spéculation financière qui s'était emparée du secteur des télécommunications de l'Internet à la fin des années 90 n'a, en effet, nullement ralenti la diffusion des technologies numériques dans les différentes activités humaines. Les technologies numériques sont devenues en quelques années le prolongement naturel de nos usages quotidiens. Ces technologies et les services qui y sont associés ont souvent bouleversé notre façon d'échanger, de se déplacer, ou encore de se divertir.

Parallèlement à ces évolutions, l'e-commerce ne s'est jamais aussi bien porté. Il est d'ailleurs intéressant de reprendre les prévisions que les grandes sociétés internationales d'études avaient publiées en ... 1999! Ainsi, le cabinet Forrester Research prévoyait 108 milliards de dollars de recettes pour l'e-business aux Etats-Unis en 2003. Qu'en est-il? 100 milliards de dollars (source Shop.org). En ce qui concerne l'Europe, les chiffres suivent des courbes similaires.

Selon le dernier classement des 300 premiers sites web de vente en ligne publiés en juillet 2004 par Internet Retailer, ces e-marchands ont réalisé un chiffre d'affaires de 40 milliards de dollars, ce qui représente près de 60% du total des ventes en ligne aux Etats-Unis. Le taux de conversion atteindrait 3,8% (deux fois plus que le montant estimé en 2002!). Le panier moyen atteindrait quant à lui 92 dollars. Amazon réalise un volume d'affaires estimé à 5,3 milliards de dollars (7,5% du total des ventes en ligne). Dell a généré en 2003 2,8 milliards de chiffre d'affaires sur l'Internet.

Les produits technologiques représentent la seconde catégorie la plus importante sur l'Internet après les cybermarchants généralistes.

Une autre tendance à souligner est la montée en puissance des ventes de vêtements en ligne. Enfin, il est intérèssant de relever que la dernière catégorie en termes de de pourcentage des ventes est celle des produits éditoriaux. La structure de l'offre de produits et services on-line ressemble donc de plus en plus à l'offre off-line, c'est-à-dire, les circuits de vente traditionnels.

Les progrès réalisés par les sites web marchands (y compris pure players) en matière de gestion l'information et des contenus (moteurs de recherche, personnalisation, CRM) sont aujourd'hui quantifiables et se transposent en espèces sonnantes et trébuchantes!

Les communications à haut et très haut débits ont également engendré toute une série de nouvelles activités et services porteurs de croissance et d'emploi: imagerie numérique, weblogs, technologies sans fil (GSM, UMTS, WiFi, etc.), P to P, musique en ligne, TV par ADSL, messagerie instantanée, VoIP, etc. La liste est longue. Afin d'illustrer cette transformation, intéressons-nous aux nouvelles offres haut débit "Triple Play" (Accès Internet, TV et téléphonie) au travers de deux services que sont, la TV par ADSL et la téléphonie sur IP.

L'ADSL TV

Second pilier des offres "Triple Play", la TV sur ADSL constitue un nouvel argument commercial, conférant aux ISP qui sont en mesure de proposer ce service, une attractivité supplémentaire. Concrètement, il s'agit d'offrir, via un abonnement ADSL haut débit, c'est-à-dire grâce à une simple ligne téléphonique et à côté du service voix et Internet, un troisième service numérique sous la forme d'un bouquet de programmes audiovisuels d'une qualité de transmission très supérieure à ce que permet aujord'hui le signal analogique.

Afin d'atteindre un tel objectif, les ISP doivent concentrer leurs efforts sur la qualité de l'encodage vidéo. Les contenus sont fournis par les chaînes de TV aux ISP qui encodent directement ces flux au format MPEG 2. Cette étape est essentielle, car les technologies de type DSL sont contraintes par les limites de leurs capacités de transport des flux. En moyenne, une seconde de contenu audiovisuel de qualité DVD nécessite entre 5 et 6 Mbit de données.

Actuellement, la plupart des ISP octroient entre 3 et 6 Mbit de bande passante à ce service. Cette exigence est de nature à limiter quelque peu la performance du service. L'utilisateur peut, dès lors, subir par moment une dégradation de la qualité des images via des problèmes de pixellisation ou d'artéfacts visuels. Le flux numérique ainsi encodé est ensuite acheminé vers le DSLAM - Digital Subscriber Line Access Multiplexor (central téléphonique) où il est trié en fonction de la demande de l'utilisateur final, un seul flux à la fois étant envoyé à l'abonné via un décodeur numérique spécifique (excepté pour un réseau de type VDSL).

Cette limitation technique ne permet pas l'enregistrement d'un programme alors que l'abonné en visionne un autre (en revanche, l'enregistrement d'un programme au niveau du DSLAM reste lui possible) et empêche également la diffusion simultanée de chaînes différentes sur plusieurs téléviseurs dans la maison. Ce décodeur n'intégre pas toujours le modem ADSL. Notons pourtant qu'il existe des décodeurs qui intégrent également la fonction de modem ADSL, comme dans le cas de la freebox en France, par exemple. Enfin, le modem ADSL doit par ailleur être nécessairement d'un type spécifique dit Multi VC, c'est à dire qui soit en mesure de différencier plusieurs canaux (TV, Internet, VoIP).

Enfin, parmi les autres contingences techniques, il convient de souligner que la fourniture d'un service d'ADSL TV ne peut être envisagé que si l'ISP dispose d'une infrastructure ad hoc jusqu'au DSLAM, que celui-ci soit également en mesure de proposer au consommateur le matériel nécessaire (décodeur-modem) et qu'ils dispose d'accords de diffusion avec les principaux producteurs de contenus audiovisuels. rappelons également que pour l'instant, seuls les internautes qui résident à moins de 2,5 km du central téléphonique peuvent être éligibles à une telle offre lorsque celle-ci est disponible.

La TV sur ADSL permet d'offrir au consommateur final un large choix de chaînes (100), certaines étant comprise dans l'offre de base de l'abonnement haut débit, d'autres faisant partie de packages nécessitant un supplément de prix. En disposant d'une petite voie de retour, l'ADSL TV permet d'ouvrir des possibilités nouvelles en termes d'interactivité.

A côté des services pratiques, tels que la gestion à distance de son abonnement (composition et adaptation de son propre bouquet de chaînes), accessibilité à la grille de programmes, informations pratiques, il est également possible d'envisager des services de communications (SMS) ou encore ludiques (jeux, video à la demande, etc.).

Outre les questions posées par la fourniture à large échelle d'une telle offre et son acceptance par le consommateur final dans un pays où le cable TV est largement disponible, d'autres questions restent actuellement en suspens. C'est notamment le cas de la régulation qui devra s'exercer sur ce nouveau service. Enfin, ce type d'offre lie jusqu'à présent le consommateur à un seul prestataire pour l'ensemble des services transmis via la ligne ADSL (TV, Internet, et dans une moindre mesure la voix).

Actuellement, nos voisins français se sont engagés dans cette voie. Plusieurs ISP ont déjà lancé une offre commerciale de services TV par ADSL sur des zones géographiques délimités. En Belgique, Belgacom prépare le lancement d'une offre sur Bruxelles, Gand et Liège sur base d'une infrastructure VDSL. Parallèlement, les technologies de transmission et d'encodage progressent à grands pas laissant espérer un desserement rapide des contraintes techniques évoquées ci-dessus. En matière de transmission, l'arrivée de l'ADSL2 et 2+ permet d'envisager une progression des débits théoriques au-delà de 20 Mbit/s. Les technologies d'encodages ne sont pas en reste puisqu'un nouveau codage baptisé MPEG 4 part 10, H264 ou AVC permettrait d'obtenir une qualité de type diffusion par satellite avec 1 Mbit/s.

La Voice over IP (VoIP)

S'intégrant de plus en plus souvent dans la cadre des offres de services "Triple Play" des ISP et opérateurs de télécommunications, mais également proposée par des prestataires spécialisés (exemple; Skype ou Net2Phone), la VoIP devient enfin, après plus de 10 ans d'atermoiements, une technologie qui, si elle n'est pas encore mature, permet aujourd'hui l'émergence de services performants et beaucoup moins coûteux, tant à destination des entreprises, que des particuliers. Toutefois, la voix sur IP pose de nombreuses questions tenant à sa régulation, à ses modèles économiques, à sa mise en oeuvre opérationnelle et à son appropriation par le consommateur.

La voix sur IP permet d'acheminer via l'Internet, grâce au protocole IP, des paquets de données correspondant à des échantillons de voix numérisée. Le premier intérêt de ce codage réside dans son économie de la bande passante contrairement au réseau commuté où l'on réserve, de façon certes temporaire, mais néanmois totale une liaison dédiée entre les deux correspondants. Dans cette banalisation des données voix , les deux contraintes majeures consistent à transmettre ces paquets dans le bon ordre et dans un délai raisonnable pour que la voix soit correctement restituée pour l'appelé. Le second avantage de la transmission de la voix sur IP est sa neutralité par rapport à son mode transport (DSL, câble, hertzien, etc.).

Il est donc plus intéressant de dresser une typologie de VoIP par rapport aux usages que par rapport aux technologies. Du point de vue son utilisation, plusieurs cas de figure peuvent en effet se présenter:

La communication d'ordinateur à ordinateur

Cette fonctionnalité est la plus ancienne. Elle est quotidiennement utilisée par des millions d'internautes dans le monde. Des logiciels de messagerie instantanée intégrent aujourd'hui en standard cette fonctionnalité en plus de l'échange de textes et d'images (ICQ, Microsoft Messenger, Yahoo Messenger, etc.). La seule réserve est celle de l'intéropérabilité des solutions. Il faut généralement que les correspondants utilisent le même logiciel ou tout du moins un logiciel compatible. outre le coût de l'abonnement Internet, les clients de messagerie instantanée sont gratuits.

La communication d'un ordinateur vers un téléphone

Dans ce cas de figure, l'appelant doit utiliser les services "premium"d'un prestataire spécialisé (Skype ou Net2Phone, par exemple). Celui-ci dispose d'une passerelle technique (serveurs), entre Internet et le RTC (réseau téléphonique commuté), qui va assurer les échanges de données et permettre à l'appelant de joindre son correspondant. Ces formules sont payantes. Leur principale limitation réside dans l'impossibilité d'être appelé en l'absence d'attribution d'un numéro VoIP par le prestataire.

La communication de téléphone à téléphone

Cette solution est la plus transparente pour l'utilisateur. Historiquement, elle imposait l'équipement de terminaux téléphoniques IP relativement chers. C'est pour cette raison que seuls les grands comptes (grandes entreprises ou administrations) ont été les premiers à migrer vers ces solutions VoIP de bout en bout. La baisse des prix et l'évolution de la technologie permet d'espérer une massification du phénomène. Ainsi, il est également dorénavant possible pour les ISP d'offrir, pour les PME et le grand public, des solutions légères consistant en un branchement d'un téléphone classique sur un modem spécial gérant ces flux. Ces formules sont généralement payantes, mais certains ISP qui sont alors en mesure de gérer complètement la facturation préférent intégrer ce prix dans celui de l'abonnement ADSL afin de renforcer l'attractivité de leur offre. Les ISP octroient également un numéro de téléphone spécifique pour cet usage permettant donc d'être appelé par n'importe quel abonné au téléphone fixe ou mobile, IP ou commuté.

Enjeux

Les enjeux de la téléphonie sur IP sont très importants. En ce qui concerne les opérateurs traditionnels, ceux-ci ont très clairement fait le choix de migrer leur coeur de réseau vers des solutions tout IP. Ils espérent ainsi réaliser des économies sur leurs coûts d'exploitation de l'ordre de 60%. De part leur flexibilité, les solutions de VoIP devraient compenser la baisse de revenus voix par l'offre de nouveaux services (intégration, convergence fixe-mobile).

De nombreux opérateurs ont déjà lancé des offres commerciales qui rencontrent un succès certain. Au Japon, la VoIP est en train de devenir un véritable produit de masse, l'effet de parc jouant à plein. Il y aurait déjà plus de 5 millions d'abonnés à ces services. Les fournisseurs de services ont déjà réservé près de 8 millions de numéros IP (au japon 25% des 40 millions de foyers utilisent des accès dont le débit varie entre 8 et 26 Mbits). La disponibilité, d'ici à la fin 2004, de téléphones mobiles intégrant des fonctions VoIP devrait encore accélérer l'adoption de ces services.

En Europe on observe également des progressions significatives. L'opérateur italien Fastweb annonce ainsi 350000 abonnés à ses services "Triple Play" et 500000 lignes VoIP. Le developpement de VoIP avec un ticket d'entrée relativement faible suscite toutes les convoitises. De nouveaux acteurs de type "pure players"(Skype, Net2Phone, Vonage) voient le jour (Skype en une année d'existence compte près de 10 millions de clients et 1,5 millions de personnes dans le monde l'utilisent quotidiennement). D'autre part, des acteurs issus de secteurs d'activités connexes souhaitent également aquérir de nouvelles parts de ce nouveau marché (industrie du logiciel, portails internet).

Parfois, des alliances entre ces acteurs se mettent en place, c'est notamment le cas de BT au Royaume-Uni qui s'est associé avec Yahoo!. Enfin, les consommateurs, qu'il s'agisse des entreprises mais également des particuliers profitant de la généralisation des accès hauts débits y voient des services plus performants mais également capables de diviser jusque par dix le coût de leur facture téléphonique, notamment en ce qui concerne les communications internationales.

L'innovation par les TIC

Les effets du cercle vertueux du haut débit, voire du très haut débit sont aujourd'hui clairement identifiés, à savoir: stimulation de la productivité, naissance d'usages innovants, création d'emplois et croissance économique.

La compétitivité des territoires passe donc nécessairement par la disponibilité de ces accès à des prix abordables pour les entreprises et pour les particuliers. De ce point de vue, l'engagement des autorités publiques est plus que jamais nécessaire pour créer les conditions propres au déploiement de telles infrastructures et de tels usages (concurrence loyale et durable, fiscalité, soutien à la R&D, marchés publics, opérations pilotes vers le très haut débit, accompagnement des usages). Ces mesures doivent s'inscrire dans un contexte ciblé en privilégiant le développement ou la création de pôles d'excellence à l'échelle européenne et mondiale.

Pour en savoir plus

  • Fondation Internet Nouvelle Génération (FING) Lien externe
    La FING est un projet collectif et ouvert de veille, de recherche-développement et d'expérimentation dont l'objet est de stimuler et faire connaître l'innovation dans les services, les applications et les usages de l?internet de demain. Son ambition est que la France, dans l'Europe, soit un acteur de premier plan de l'innovation dans les usages de l?internet nouvelle génération
    http://www.fing.org
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