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dimanche 4 décembre 2016

La rupture du très haut débit

100 Mbit/s, 29,99 euros: voilà la nouvelle équation du très haut débit en France. C'est en septembre 2006 que Free, un des deux principaux challengers de France Télécom, a décidé de lancer en France son offre fibre optique jusque chez l'abonné (FTTH)
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Mis à jour le 12/03/2007 | Imprimer | Envoyer

Cette annonce a eu pour effet d'accélérer sensiblement les déploiements FTTH qui demeuraient plutôt jusque là le fait d'initiatives isolées de petits acteurs en quête de différenciation technologique et commerciale. Depuis lors, tous les grands acteurs généralistes, mais également les pouvoirs publics se sont successivement emparés des enjeux du très haut débit.

Une triple stratégie pour les ISP alternatifs

En proposant une offre de base à 50 Mbit/s pour 29,99 euros par mois dans le cadre d'un investissement global d'un milliard d'euros d'ici 2012, Free a introduit une véritable rupture technologique, industrielle et commerciale. Cette offre s'articule autour d'une triple stratégie:

  1. Une stratégie industrielle, tout d'abord, avec une offre optique proposée au même prix que son offre Triple Play cuivre, Free propose une migration incitative à ses abonnés existants. Malgré un prix moyen compris entre 1500 et 2000 euros par prise optique en milieu urbain, Free affirme maîtriser les coûts de déploiement de la fibre jusque chez l'abonné. En retenant comme seuil de déclenchement du déploiement FTTH, le chiffre de 15% des abonnés au téléphone dans une même zone géographique possédant déjà une Freebox, l'ISP mise sur l'élasticité des coûts et annonce même un Cash Pay Back sur 6 ans. Les coûts liés aux travaux de génie civil seront fortement réduits car Free va massivement utiliser les égouts de la ville de Paris. La redevance d'accès à ceux-ci vient d'être sensiblement abaissée par décision de la Ville afin de favoriser le déploiement rapide des connections très haut débit;
  2. Stratégie patrimoniale ensuite, car en construisant son propre réseau fibre jusqu'à l'abonné, Free s'émancipe de France Télécom et des coûteuses redevances d'accès payées au titre du dégroupage. Alors que Free verse 25 millions d'euros par an à l'opérateur historique pour desservir ses 200 000 abonnés parisiens, le coût total de la migration de ces mêmes abonnés est estimé à 100 millions d'euros. Free passe donc d'un statut de simple locataire à celui de propriétaire d'une infrastructure dont la valorisation reposera, pour partie, sur la mutualisation des réseaux;
  3. Stratégie défensive enfin: dans les grands centres urbains, Free affronte déjà la concurrence des autres grands ISP (Orange du Groupe France Telecom, Neuf Cegetel) et des acteurs du câble (Noos-Numéricable).

En prenant de vitesse ses différents concurrents, Free décroche la prime au nouvel entrant qui sera décisive compte tenu du coût de déploiement des infrastructures optiques.

Son offre de service universel (Freebox optique, Internet bas débit, téléphonie et chaînes de la TNT), proposée sous la forme d'un "bonus" dans le cadre de son déploiement FTTH, est de nature à faciliter les difficiles négociations qui vont maintenant s'engager avec les gestionnaires d'immeubles et à renforcer son image consumériste auprès du public. Fort de cette relation étroite avec ses abonnés, Free a d'ailleurs entamé une collecte massive de données relatives aux immeubles (coordonnées du syndic, présence éventuelle d'un gardien, conditions d'accès, etc.), en demandant à ses clients de lui fournir directement ces informations via la gestion en ligne de leur compte Internet.

Enfin, en proposant une offre FTTH à 29,99 euros, Free demeure fidèle à la formule qui a assuré son succès, à savoir une offre de base à prix fixe sur laquelle viennent régulièrement se greffer de nouveaux services.

La généralisation des déploiements FTTH

D'autres ISP, comme ERENIS ou CITE FIBRE, proposaient déjà leurs offres FTTH à Paris avant l'entrée sur le marché français des grands ISP. Ces acteurs constituaient des cibles idéales afin d'accélérer les déploiements FTTH. C'est pourquoi Free a rapidement acquis CITE FIBRE, tandis que Neuf Telecom a porté son dévolu sur l'opérateur Palois MEDIA FIBRE, puis plus récemment, sur ERENIS.

Face à ces grandes manoeuvres, Orange, qui testait depuis quelques mois l'accès FTTH, vient à son tour d'annoncer son entrée sur le marché du très haut débit avec une offre à 44,90 euros. Cette offre sera disponible dès cette année dans certains quartiers de la capitale française et de la banlieue parisienne ainsi que dans cinq villes de province: Marseille, Toulouse, Lille, Lyon et Poitiers.

Neuf s'aligne, quant à lui, sur la ligne commerciale suivie par son principal challenger en proposant également une offre FTTH à moins de 30 euros par mois. Neuf Cegetel se fixe l'objectif pour fin 2009 d'avoir raccordé au minimum 1 million de logements et d'avoir connecté 250 000 clients à sa nouvelle offre Triple Play très haut débit.

De son côté, le câblo-opérateur Noos-Numéricable poursuit la modernisation de son réseau afin de proposer une offre 100 Mbit/s dès cette année à ses abonnés.

Les pouvoirs publics français ont également pris conscience des enjeux économiques et sociétaux du passage vers le très haut débit. Le régulateur a déjà identifié un certain nombre de risques (coût global du déploiement, nécessaire mutualisation, ouverture des nouveaux réseaux, accroissement de la fracture numérique), mais également les opportunités (concurrence, nouveaux services innovants, rôle des collectivités locales pour l'aménagement numérique du territoire, etc.).

FTTH et rupture des usages

Le très haut débit via la fibre optique marque également une rupture en ce qui concerne les usages. Avec une connexion FTTH, le téléchargement d'un morceau de musique devient instantané, tandis qu'il devient possible de récupérer le contenu d'un long-métrage en qualité DVD en moins de 10 minutes contre plus de six heures avec une connexion haut débit de type ADSL. Dans le cadre d'une offre Triple Play, grâce à la symétrie rendue possible par la connexion fibre, plusieurs membres d'un même foyer peuvent accéder simultanément à des services différents (jeux en ligne, TVHD, surf Internet, téléchargements, téléphonie illimitée, etc.).

Cette évolution s'inscrit dans l'explosion de nouveaux usages, consommateurs de bande passante (jeux en réseaux, Peer to Peer, User Generated Content, notamment vidéocasting).

Les retours d'expériences via les premiers abonnés résidentiels ont montré que 55% des abonnés de CITE FIBRE étaient des familles multi-équipées en ordinateurs personnels et téléviseurs. La moyenne d'âge était de 45 ans et 12% des clients étaient des retraités.

Défi économique et industriel de premier plan, le très haut débit représente également un enjeu sociétal qui s'inscrit dans un mouvement global. De l'Asie, où on comptabilise déjà plus de 7 millions d'abonnés FTTH au Japon, aux Etats-Unis ou encore en Scandinavie, tous les opérateurs sont actuellement en train d'investir massivement pour proposer ces réseaux ultra rapides.

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