Agence du Numérique (ex - Agence Wallonne des Télécommunications / AWT), la plateforme ICT de la Wallonie

lundi 5 décembre 2016

Le très-haut débit comme moteur d'une relance numérique

A l'heure où nos sociétés vont devoir affronter des mutations structurelles majeures au cours des prochaines années, comment le très haut débit peut-il contribuer à faciliter ces transformations?
Twitter Facebook Delicious
Mis à jour le 30/09/2009 | Imprimer | Envoyer

Tandis que nos économies sont fortement malmenées par la crise, les plans de relance adoptés par les Etats ont tendance à privilégier des secteurs et des activités qui ne seront pas nécessairement les moteurs d'une croissance durable. Or, la plupart de ces mesures de relance économique adoptées par les gouvernements européens font peu de cas de l'économie numérique. Dès lors quel pourrait être le rôle du très haut débit dans le cadre des mesures de sortie de crise?

Pour une relance numérique?

Chacun s'accorde pourtant à reconnaître que cette crise, de par son ampleur et sa gravité, marque un tournant historique dans le fonctionnement de nos sociétés. Parmi ces transformations on retrouve, bien entendu, la révolution numérique qui a largement contribué à rendre, comme l'a écrit Thomas Friedman, le "monde plus plat". Autour de cette économie numérique, s'est progressivement construit un écosystème de PME qui ne cessent d'innover et de se renouveler.  

Lors de la conférence intitulée "Numérique: investir aujourd'hui pour la croissance de demain", organisée le 10 septembre 2009 à Paris par le Secrétariat à l'Economie numérique, Paul Hermelin, Directeur général de Cap Gemini a notamment souligné que les investissements dans les TIC ont un impact positif sur la productivité trois fois supérieur aux investissements hors TIC. Toujours selon Paul Hermelin, on observe qu'une hausse de 10 points du taux de couverture Internet génère 1,3 point de croissance supplémentaire du PIB. Enfin, il a insisté sur l'effet positif des TIC sur l'emploi puisque 20 milliards d'euros d'investissement dans les TIC créeraient 800000 emplois supplémentaires, contre seulement 200000 pour un investissement équivalent dans les BTP.

Des atouts à développer

Notre pays possède pourtant des atouts majeurs pour s'intégrer dans cet écosystème. La Belgique figure ainsi en seconde position, derrière la Suède, au palmarès des vitesses de "surf Internet" les plus rapides. L'opérateur Belgacom revendique ainsi 99,85% du territoire couvert en ADSL, 70% en VDSL. Durant les 5 dernières années, 13000 kilomètres de fibres ont été installés par Belgacom et 500 millions d'euros ont été investis dans l'infrastructure de réseau.

A titre de comparaison, selon l'Institut de l'Audiovisuel et des Télécommunications (IDATE), 93 % des foyers européens avaient accès au haut débit en 2008. Les débits inférieurs à 2 Mbit/sec comptent pour 10 % de ce chiffre (contre 10 % pour les débits dépassant les 8 mégabits). En septembre 2009, lors de la publication, par le The Economist Intelligence Unit, du baromètre international mesurant la puissance concurrentielle des pays en matière dans le domaine des TIC, la Belgique se classait en 18e position, en progression de quatre places par rapport au classement précédent. A cette occasion, Denis McCauley, responsable de ce baromètre, n'a pas manqué de rappeler combien "le haut débit devient un facteur toujours plus important de la puissance concurrentielle".

Pourtant, malgré ces efforts, notre pays recule inexorablement depuis plusieurs années dans la plupart des autres classements internationaux des économies TIC du fait notamment de son absence dans le peloton des pays déployant le très haut débit, en particulier en ce qui concerne le raccordement en fibre optique chez le client final (FTTH).

Fait plus inquiétant, l'intensité des usages TIC, par les citoyens et les entreprises reste anormalement faible dans plusieurs domaines essentiels, dont celui, par exemple, de l'accès Internet mobile. Ce dernier point a notamment été mis en relief par le baromètre de The Economist Intelligence Unit.

En l'absence de réaction nous risquons, non seulement de pénaliser nos Web entrepreneurs les plus talentueux qui n'hésiteront pas à s'installer sous d'autres cieux, mais nous allons également creuser de nouvelles fractures numériques tenant à la capacité même d'utiliser les TIC. Il est donc urgent d'agir sur différents points en mettant un œuvre un volet numérique aux plans de relance existants. Parmi ces différents points, il conviendrait de réserver un traitement spécifique au très haut débit comme socle du développement de services innovants.

Le très-haut débit au service d'une croissance durable?

Depuis les débuts de la révolution industrielle, les infrastructures de communication (canaux, ferroviaires, routières et autoroutières) ont toujours constitué le socle du développement de l'économie. A la différence de ces facteurs historiques de développement, le très haut débit constitue, non seulement, un nouveau gisement de croissance économique pour nos entreprises, mais également un véritable enjeu de société notamment via l'émergence d'un nouveau modèle de croissance durable (réduction significative de l'empreinte carbone grâce à une réduction des déplacements inutiles, mise en réseau de compteurs intelligents, déploiement de services avancés de e-santé, mise en place de solidarités numériques au service du vieillissement de la population et des services à la personne, etc.). 

Plusieurs pays ont déjà lancé des initiatives spécifiques pour favoriser le développement du très-haut débit. Les Etats-Unis, qui ont fait l'amère constat d'une dégradation importante de leur infrastructure télécom, ont mis en place un plan prévoyant des investissements de 7,2 milliards de dollars destinés à améliorer significativement les vitesses de connexions. En Australie, les pouvoirs publics tablent sur un investissement de 20 milliards d'euros pour la fourniture à l'ensemble des foyers d'un accès très haut débit à 100 Mbit/sec. Plus près de nous en Europe, d'autres pays ont également adopté des initiatives allant dans le même sens. C'est notamment le cas de l'Allemagne qui vise à couvrir 74 % de sa population d'ici 2014 avec des connexions offrant un débit supérieur à 50 Mbit/sec., mais également du Royaume-Uni, de la Finlande, du Portugal ou encore de la Grèce.

En Belgique, nous sommes actuellement dans une phase plus en amont caractérisée par le déploiement de plusieurs projets-pilotes dans le domaine des déploiements FTTH. Belgacom qui a été le premier à déployer depuis un an un test FTTH concernant 800 participants sur la commune de Rochefort, vient d'annoncer l'extension de celui-ci à deux autres communes, à savoir Saint-Trond et La Louvière. En Flandre, on relève également une autre initiative FTTH menée par l'IBBT qui, dans le cadre d'un projet de rénovation urbaine, concerne le quartier Overleie à Courtrai. Plusieurs enseignements pratiques, tant au niveau des aspects techniques du déploiement, qu'en ce qui concerne les futurs services disponibles sur ces réseaux très haut débit, devraient ainsi pouvoir être identifiés par les différents acteurs impliqués. Ces résultats seront précieux pour coordonner une future stratégie nationale en matière d'accès FTTH. De leur côté, les pouvoirs publics ont également entamé une série d'actions spécifiques qui vont de l'annonce par le gouvernement fédéral du plan SuperFast Belgium à la consultation sur le très haut débit organisée par le régulateur (IBPT) en juin 2009.

Quelles pistes pour un déploiement rapide et harmonieux du très-haut débit?

On le voit, les obstacles sont nombreux et le temps presse. Dès lors, une action spécifique en matière d'infrastructures très haut débit passera donc par la mise en place d'une stratégie d'aménagement numérique du territoire. Il s'agirait ainsi de prévoir et de faciliter, lorsque cela est économiquement et techniquement réalisable, le déploiement des réseaux en fibre optique (FO) jusque chez les entreprises et les citoyens (FTTH).

La régulation sectorielle et le droit de la concurrence auront, de ce point de vue, un rôle clé car ils devront être en mesure de garantir à la fois un niveau d'investissement suffisant dans les réseaux mais également le développement de la concurrence sur les services, condition essentielle pour le consommateur final.

Considérant l'ampleur des coûts liés au déploiement d'une infrastructure FO jusque chez l'abonné, il serait alors indispensable d'encourager des partenariats public-privé. Dans ce cadre, la valorisation des nombreux réseaux FO existants pourrait s'inscrire dans un inventaire des infrastructures passives disponibles qui ferait l'objet d'une publication dans une base de données accessible aux opérateurs et aux collectivités publiques. Cette obligation de publication bénéficierait à l'ensemble des acteurs impliqués (y compris les communes) et aurait pour effet de stimuler la mutualisation des infrastructures.

D'autres mesures simples tenant aux règles d'urbanisme, comme l'installation systématique et obligatoire de gaines lors de la construction d'un nouvel immeuble devraient également être envisagées.

Enfin, des mesures fiscales ciblées comme l'adoption d'un moratoire sur les rétributions de réseaux en FO ou la réduction de la TVA sur l'installation pourraient venir utilement compléter un tel dispositif.

En conclusion, il apparaît clairement que le très haut débit constitue, non seulement, une des réponses pour une sortie de crise plus rapide, mais représente également une opportunité pour faire face aux défis économiques et sociétaux des vingt ou trente prochaines années. Dans cette perspective, l'AWT continuera à alimenter la réflexion quant aux enjeux relatifs au déploiement de réseaux fibres très haut débit.

Pour en savoir plus

Portail de la Région wallonne